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Présentation de l’éditeur :

Adrien pourra-t-il comprendre un jour les raisons qui ont poussé son frère Martial à partir définitivement ? Erik, rencontré la veille dans un bar, sera-t-il celui qui viendra combler le vide créé par ce départ ? Dans cette nouvelle où, comme le dit Adrien, « une place est à prendre », l’écriture s’affirme comme la seule façon, peut-être, de lutter contre l’absence et l’oubli.

Catherine Lopès-Curval pose son regard d’artiste et de femme sur cette histoire exclusivement masculine, en écho aux mots d’Arnaud Cathrine.

Pas évident d’entrer dans cette nouvelle d’Arnaud Cathrine, tout comme il est physiquement pénible au narrateur de ramener chez lui, en pleine nuit, un jeune homme ivre à la limite de l’inconscience. Le lendemain matin, dans l’appartement de l’homme, la gêne, les questions voilées, les réponses à peine cohérentes, les trous de mémoire sont de mise. Mais ce « sauvetage » semblait nécessaire : on comprend que l’attitude et l’ivresse du jeune homme, qui s’appelle Erik, ont rappelé au narrateur, Adrien, celles de son frère aîné, Martial, parti étudier à Paris et qui a soudain cessé de donner signe de vie, même au petit frère très aimé.

La rencontre malhabile entre Erik et Adrien alterne avec le récit des souvenirs, la dernière soirée passée avec Martial en Bretagne, le dernier bain de mer, les promesses d’une vie plus dense à Paris. On devine aussi la frustration, le mal-être de Martial. Ce sont les livres et la création littéraire qui créent un pont entre la relation fraternelle et la relation qu’Adrien tente de nouer avec Erik.

L’écriture d’Arnaud Cathrine rend compte de ce passage entre passé et présent : un peu sèche pour traduire la difficulté d’entrer en relation, elle se fait plus lyrique lorsqu’Adrien évoque la perte, le manque, la nécessité de faire place à quelqu’un d’autre pour peut-être retrouver une complicité fraternelle. La chute (que l’on pouvait deviner entre les lignes) apporte tout son sens à cette aventure d’une nuit.

Catherine Lopès-Curval apporte son regard d’artiste au texte d’Arnaud Cathrine : la raideur des corps d’Adrien et d’Erik exprime leur difficulté à communiquer mais elle se dessine sur fond clair tandis que les souvenirs de la baignade nocturne avec Martial sont évoqués dans un sépia très saturé à la limite de l’abstrait. Je préférais nettement cette vision plus suggérée mais il faut reconnaître que la peintre figurative traduit bien dans l’espace les sentiments, les non-dits qui parsèment la nouvelle d’Arnaud Cathrine (quelques illustrations à découvrir ci-dessous).

« Je tente de démêler les choses, de répondre à ta question, pourquoi moi ?, une place reste à prendre, alors pourquoi pas toi, voilà c’est juste ça, un truc d’adoption, une tentative, sait-on jamais, j’en connais que ça fait sourire, et qui trouvent ça pathétique, n’y voyant que le commencement idiot d’un malentendu, alors que c’est autre chose en réalité, c’est une place, ça te laisse de la place précisément, la place d’être qui tu es, et pour moi de réinventer ce que j’ai perdu. Réinventer, autrement, avec toi. » (p. 32)

Arnaud CATHRINE, Les histoires de frères, Les éditions du Chemin de fer, 2005

Cette semaine, avec Célina du blog Des livres tous azimuts, nous vous proposons de découvrir, d’explorer un peu le catalogue des éditions du Chemin de fer. Cette maison d’édition, fondée en 2005, édite des textes courts illustrés par des plasticiens contemporains : premiers textes, textes rares, plumes audacieuses, cartes blanches à des artistes, essais, poésie, les pistes sont variées et originales. Cette forme de publication me fait évidemment penser aux éditions belges Esperluète et d’ailleurs, c’est Esperluète qui distribue le Chemin de fer en Belgique.

Nous vous présenterons chacune quatre titres différents et je me réjouis de la découverte car je ne connais aucun des auteurs qu’a sélectionnés Célina sauf Eric Pessan (et encore, que de nom) dont elle vous présente aujourd’hui Un matin de grand silence.

Le site des Editions du Chemin de fer

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