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Présentation de l’éditeur :

J’avais décidé de le mettre complètement à plat, pour le plaisir ; il était très jeune, à peine vingt ans, et j’en ferais mon souffre-douleur, ce serait une distraction. Pendant un court moment, je ne regretterais plus ma solitude.

Un prisonnier en attente de jugement s’est construit un monde de silence. L’arrivée dans sa cellule du jeune Bengali vient rompre son isolement et l’oblige à faire tomber une à une les défenses qu’il avait érigées.
Paru en décembre 1943 dans la revue Le livre des lettres, Le jeune homme qu’on surnommait Bengali est la première nouvelle publiée de Louis-René des Forêts (1918-2000). La même année, paraît son premier roman chez Gallimard, Les mendiants.
Méditation sur l’agression et l’affection, sur l’enfermement et la liberté, la parole qui blesse et qui exalte, Le jeune homme qu’on surnommait Bengali concentre les thèmes majeurs des livres à venir, du Bavard à Ostinato, en passant par Un malade en forêt.

Quand j’ai découvert en librairie ce petit ouvrage de Louis-René des Forêts, je me suis réjouie de découvrir la plume d’un auteur dont on m’avait vanté les qualités il y a… plusieurs années. Voilà en effet une belle entrée en matière que cette histoire d’un prisonnier « aguerri », qui s’est forgé une carapace et des rituels pour échapper à la folie de l’enfermement et de la solitude, se rendant ainsi hautement répréhensible aux yeux de ses gardiens, et qui voit un tout jeune prisonnier apeuré imposé par ces gardiens briser ses mécanismes de défense patiemment construits.

Entre manipulation et tendresse, attention et agacement, les relations entre les deux hommes font bouger les lignes du narrateur, le « vieux » prisonnier. La fin de la première journée mettra brutalement un terme à cette ébauche d’humanisation.

Si la lecture proposée en fin d’ouvrage par Jean Roudaut a révélé des interprétations auxquelles je n’aurais même pas pensé, les dessins de Frédérique Loutz ont été pour moi un contrepoint parfait au récit de Louis-René des Forêts. J’imagine que la silhouette dessinée de page en page est celle de Bengali, le jeune prisonnier qui se cogne aux barreaux de la cage. L’épais trait noir au fusain qui cerne son corps évoque l’enfermement tandis que les dizaines de dessins et de motifs naïfs, frais et colorés qui l’emplissent montrent qu’au premier jour de son incarcération, Bengali porte intacts en lui ses rêves, ses désirs, ses amours, ses aspirations. Sa silhouette traverse le livre de page en page, tantôt pleine de dessins, tantôt vide, tantôt à moitié remplie, et les motifs colorés l’accompagnent sans cesse, suggérant le mur d’une cellule, les barreaux d’une cage, un oiseau prêt à s’envoler, ou encore les crayons de couleur qui permettent cette évasion.

J’ai beaucoup aimé la manière dont Frédérique Loutz (son site ici) s’est emparée du très beau texte de Louis-René des Forêts. Encore une belle réussite de cette petite maison d’édition qui propose des objets-livres soignés.

Louis-René des Forêts, Le jeune homme qu’on surnommait Bengali, vu par Frédérique Loutz, Les éditions du Chemin de fer, 2013

Dans notre semaine « Editions du Chemin de fer », Célina vous propose aujourd’hui un texte de Violette Leduc, Je hais les dormeurs.

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