Étiquettes

, , ,

Présentation de l’éditeur :

Je ne savais pas si j’espérais que Tjaden sortirait bientôt de la baraque pour que nous rentrions à bord nous coucher, ou bien si je souhaitais rester encore avec le garçon, même sans nous parler. Car j’avais un peu peur. A nos pieds, sous les détritus qui flottaient, je devinais l’eau noire, et les ténèbres profondes et insondables, là où peut-être la tristesse et la mélancolie se cachaient. Mais il me semblait que l’odeur du garçon et sa fragile silhouette avaient le pouvoir, comme si je les connaissais depuis longtemps, de les tenir à distance.

Un bateau fait escale à Haïti. Tous les marins s’apprêtent à profiter des plaisirs qu’offre la terre ferme. Tous, sauf le narrateur et son ami Tjaden, consignés à bord…

Dans cette histoire d’amitié fragile, suspendue entre deux temps, Hubert Mingarelli excelle à faire parler les silences et les non-dits.
Barthélémy Toguo explore la face ombreuse du texte et ses dessins s’immiscent en deçà des mots, tracent avec vigueur l’esquisse d’une humanité tendue et oppressée.

Cette fois, dans le catalogue des éditions du Chemin de fer, je n’ai pas choisi ce titre au hasard : j’ai déjà lu un roman d’Hubert Mingarelli, Un repas en hiver. Mais je suis restée un peu à la porte de cette nouvelle…

Le récit paraît assez lisse, « blanc » en quelque sorte : deux marins de quart ont l’habitude de parler avec un lieutenant pendant les veilles de nuit ; un jour, Tjaden loupe une injonction de l’officier pour éviter une vague dangereuse pour le navire et l’équipage. Ce raté semble déclencher une vague de mauvaise humeur chez Tjaden, qui finit par se faire consigner à bord alors que le bateau fait escale en Haïti. Mais les deux hommes réussissent à se glisser à terre, non loin du bateau : ce ne sera pas le bordel comme leurs camarades mais grâce à un jeune Haïtien au pied tordu, ils auront sans doute l’occasion de passer du bon temps avec une fille…

Cette vague et cette erreur de Tjaden au départ auront sans doute bien d’autres conséquences : elle semble changer complètement le caractère du jeune homme qui se laissera aller à une violence gratuite, au racisme et elle bouleversera les rapports entre le narrateur et lui. Cette fois, dans le format court de la nouvelle, l’économie de moyens d’Hubert Mingarelli m’a… laissée à quai, tant il était difficile de s’attacher au narrateur ou à Tjaden et de trouver un sens à leur aventure d’un soir.

Les dessins au trait orangé tout en rondeur et en exubérance de Barthélémy Toguo donnent un point de vue très différent de l’écriture ascétique de Mingarelli mais là non plus, je n’ai guère été touchée… certains dessins réduisant même la lisibilité du texte.

Une petite déception, donc, dans ce parcours éditorial. Mais rien de grave ni rien qui enlève quoi que ce soit au savoir-faire des deux auteurs.

Hubert MINGARELLI, La vague, vu par Barthélémy Toguo, Editions du Chemin de fer, 2011

 

Aujourd’hui, Célina vous présente, de Carl-Keven Korb, Une nuit pleine de dangers et de merveilles. Rien que le titre se rapproche de l’univers de La vague, le hasard fait bien les choses…

Publicités