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La première fois dans la Grande Villa, c’était comme si je la connaissais depuis toujours. La deuxième, c’était après la mort de mon père.

Editions Gaïa 2016

De Laurence Vilaine, j’avais lu le premier roman paru en 2011 aux éditions Gaïa intitulé « Le silence ne sera qu’un souvenir », grand roman, dense, ambitieux, vibrant. Depuis 2014, il est disponible en Babel.

Depuis, j’attendais. J’attendais ce second roman. Que j’ai lu sans appréhension de déception, avec la plus vive curiosité. Où l’auteur allait-elle m’emmener ? Qu’allait-elle raconter, qu’allait-elle me dire ?

« … quand les hasards ressemblent à des évidences, on cherche à les nommer autrement. »

Bien que très différent du premier par tous les choix narratifs – celui-ci présente un texte court de 70 pages, des chapitres titrés, une écriture de l’intime toute d’images, de sensations et d’échos – «  Le silence ne sera qu’un souvenir » pourrait être le sous-titre de «  La Grande Villa ».

Laurence Vilaine signe un roman émouvant, troublant, sur la perte, sur le temps au temps, sur l’héritage. Un roman lumineux, qui m’a touchée. Ce pourrait être une lettre au père ; ce pourrait être un récit de l’écriture, son manque, ses manques ; ce pourrait être une réflexion sur la mémoire, familiale ou celle des lieux, sur la transmission. Il ne s’agit pas que de cela. C’est un texte sur le vide et le vertige de l’ignorance, de  l’absence. Et ce n’est pas que cela.  Malgré ces deuils, c’est un texte de lumière sur la lumière.

Nous accompagnons la narratrice dans la solitude de cette grande villa en bord de mer, au sud, pays de soleil. La maison, le soleil, compagnons également. Les ombres s’y déplacent, la clarté aussi, elles guident parfois, elles sont amicales, accueillantes. La maison comme une âme maternelle, cocon entre le chaud et le frais, lieu de souvenirs, lieu de nudité, de renaissance.

« Dans la Grande Villa, à toute heure du jour, le soleil traverse un rideau et brode un fond de chaise, il remplit une flaque tiède sur la tomette comme une piscine naturelle sur la grève, ou se couche en rond sur un journal ouvert. »

Et nous les suivons, les lumières et la narratrice, qui s’en va jusque là où elle n’a pas pied, au plus profond.  Récit intimiste, métaphorique, nager, en piscine, pas encore dans la mer. Ce sont les lignes contre l’éparpillement dans son monde sensible, ce monde offert aux sens, en quête de sens et de mots.

Et cette narratrice qui s’en va pour revenir, remonte le temps, surmonte ses angoisses. Dans « La Grande Villa », ce sera enfin, sur le cahier d’écolier avec des lignes, l’écriture de la consolation, de la réconciliation, de la libération. Ecrire pour libérer les douleurs de ceux d’avant, pour ne plus que les suivants les (sup)portent. Cette fin, je devrais écrire cette conclusion, je ne l’attendais pas. Elle m’a stupéfaite et interpellée, pourtant Laurence Vilaine m’y emmenait, sans aucun doute, de chambre en chambre. En partir légitime, en pleine présence et confiance.

Sur un style fin, limpide, d’un ressenti incroyablement juste, éloquent tout en retenue,  en poétique, en résonnance, des pages splendides, des fulgurances. Il est brillant, ce roman. Comme un roman de la maturité. Une révélation.

« Ecrire, c’est peut-être ça. Un peintre qui s’envole et des lumières qui dansent. Un arbre qui respire, la nuit au bout des doigts ? Un souffle malgré la mort. Tout ça qui veille et qui grelotte au vent comme un ruban, qui se réveille soudain et laisse en repartant un goût d’éternité dans nos mémoires. »

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