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Quatrième de couverture :

La Nouvelle-Orléans n’est plus ce qu’elle était. Sinistrée par l’ouragan Katrina, il n’en reste que les mystères que le Mississippi n’a pas engloutis. Claire DeWitt, détective au caractère bien trempé, revient dans la ville des morts afin de percer le secret de la disparition d’un procureur. Hantée par ses démons, elle sait qu’ici, entre anciens amis et nouveaux ennemis, personne n’est innocent.

Sara Gran, née à New York en 1971, est l’auteur de Viens plus près et Dope (disponibles en Points). La Ville des morts est la première des enquêtes de Claire DeWitt, en cours d’adaptation à la télévision.


J’ai emprunté ce roman à la bibli, intéressée par le contexte de l’après-Katrina à La Nouvelle-Orléans et par la découverte d’une auteure inconnue. Bon, il me faut avouer que je me suis un peu ennuyée et que j’ai failli abandonner une ou deux fois. Je ne regrette pas d’avoir été au bout du roman mais je ne suis pas sûre de relire Sara Gran.

Le personnage de Claire DeWitt, détective atypique, formée par une mentor elle-même mystérieuse et un brin hors-norme, met longtemps à attirer la sympathie : dans sa vraie vie d’héroïne de papier et dans sa vie de personnage de roman, elle est déjantée, borderline, on comprend qu’elle a déjà dérapé, déprimé, qu’elle est presque défoncée… mais elle se proclame la meilleure détective (au monde ?) Son amie et formatrice, Constance, ses amies d’enfance, Kelly et Terry, et elle bien sûr, se sont nourries du manuel pour détectives de Jacques Silette, Détection, que je qualifierai pour le moins de… ésotérique. Tracy a disparu ado, Constance est morte et on sent que ces mystères non résolus sont le socle du caractère acharné et des dérives de Claire. Mais… il m’a vraiment manqué quelque chose pour me la rendre sympathique, même si sa clairvoyance (ok, le jeu de mots est pourri) gagne à la fin.

J’ai trouvé le style assez sec, ce qui n’a pas non plus réussi à m’emballer. Une critique sur la quatrième de couverture fait allusion à Hammett et à Chandler mais je ne connais vraiment pas assez ces références pour les avoir goûtées dans le roman de Sara Gran.

Ce qui est intéressant et effrayant à la fois, c’est cette perception de La Nouvelle-Orléans après l’ouragan, ou plutôt la tempête comme l’appellent les gens du cru, qui a creusé davantage l’écart entre riches et pauvres, entre Blancs des beaux quartiers et Noirs des quartiers sinistrés, déjà abandonnés à leur sort avant Katrina. On côtoie avec Claire des gamins, des ados paumés, livrés aux drogues, aux armes, aux préjugés raciaux et policiers. C’est un roman noir, très noir de ce point de vue, ça m’a paru étouffant à certains moments et je me suis demandé si cette misère sociale et morale était réellement aussi sordide. Peut-être que oui… Dans ce contexte, le meurtre du procureur sur lequel Claire enquête n’est presque qu’un détail dans le chaos créé par l’ouragan.

« Je me suis rallongée et j’ai dit à Mick de s’en aller. Il m’a demandé s’il pouvait m’inviter à déjeuner le lendemain, j’ai accepté et il est parti.

Je me souvenais de son odeur à l’époque, boisée et virile. J’ai roulé sur le lit à l’endroit où il était étendu.

Il ne sentait plus pareil maintenant. Il sentait la beuh, la poussière de plâtre, la fumée et le moisi. Comme la tristesse. Comme La Nouvelle-Orléans. » (p. 98)

Sara GRAN, La ville des morts, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Claire Breton, Editions du Masque, 2015 (et Points, 2016)

Mois américain

 

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