Un été avec Baudelaire –

 Antoine Compagnon – Equateurs France Inter –

 

Ce titre est le troisième de la série inaugurée par Antoine Compagnon avec Montaigne, chroniques retranscrites d’émissions radio invitant à la découverte d’un auteur. Avant Baudelaire, ce fut Proust ; l’été dernier fut consacré à Victor Hugo avec la variation de formule puisque les volumes sur Proust et Hugo sont signés par un collectif d’auteurs.

J’avais lu le premier opus sur Montaigne avec délice, baguenaudant à la rencontre d’un auteur-philosophe que je connaissais peu, en lectures d’extraits. Avec le Poète, mon approche fut différente puisque l’œuvre appartient à mon panthéon. Toutefois, la lecture en fut tout aussi agréable et intéressante, tout aussi gourmande. Antoine Compagnon mêle les mots de l’auteur qu’il accompagne aux siens, citant aussi bien l’œuvre que les correspondances, prose, journaux, critiques.

Ce n’était pas une lecture de saison. Charles Baudelaire chante bien peu l’été, il est le poète du crépuscule, du déclin, du temps de la mémoire et du songe. «  C’était hier l’été »

Ce que j’apprécie particulièrement dans cette collection, c’est qu’elle est sans prétention, que ce soit d’analyse littéraire ou biographique. Je répète le mot : rencontre. Antoine Compagnon s’intéresse à l’homme, l’éclaire de ses vers, sans toutefois occulter ses failles et ses paradoxes. En chroniques thématiques, il nous raconte les relations ambiguës à la presse, à la photographie, à la «  modernité », à la mère, à la chrétienté ; il précise les propos et les partis-pris dérangeants sur les femmes et la démocratie. Il nous raconte les colères et les échecs, les velléités d’engagement dans le travail assidu et la politique ; il nous raconte les théories du beau, de l’art, du génie, du Mal. C’est Baudelaire dans son époque, Baudelaire face à ses contemporains, du monument national Victor Hugo au photographe Nadar qui sera celui qui laissera d’évocateurs portraits du poète dont se saisira le mythe.

Antoine Compagnon nous parle d’un homme angoissé, provocateur, pessimiste, original, le poète-chiffonnier de son Paris qui disparaît, celui dont l’auréole est tombée dans la boue d’où fleuriront les vers.

« Le long du vieux faubourg, où pendent aux masures

Les persiennes, abri des secrètes luxures,

Quand le soleil cruel frappe à traits redoublés

Sur la ville et les champs, sur les toits et les blés,

Je vais m’exercer seul à ma fantasque escrime,

Flairant dans tous les coins les hasards de la rime,

Trébuchant sur les mots comme sur les pavés,

Heurtant parfois des vers depuis longtemps rêvés. »

 Extrait de Le Soleil

Le chroniqueur revient sur le destin de l’œuvre et la figure du poète « maudit », rejeté-condamné avant d’être considéré comme le poète classique et scolaire.

Baudelaire, cet homme qui dénigra les femmes, la ville moderne et la photographie, le poète désenchanté qui nous laissa les plus merveilleuses images de l’amour, du voyage et de la mélancolie.

«  ….

Songe à la douceur

D’aller là-bas vivre ensemble !

Aimer à loisir

Aimer et mourir

…. »

Objectif PAL

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