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Quatrième de couverture :

« Je monte. Il est l’heure. La bibliothécaire, assise derrière son bureau, règne sur la pièce déserte. Le moment est venu de lui expliquer la raison de ma présence ici, car la bibliothèque de neurosciences Jean Martin Charcot n’est pas une salle de lecture comme les autres. Ouverte aux étudiants de troisième cycle, aux médecins, aux chercheurs, aux praticiens hospitaliers et paramédicaux.

À moi aussi, paraît-il, mais sur demande motivée.

La veille au téléphone, j’ai menti à cette femme, ne pouvant me résoudre à avouer quelle sorte de quête était la mienne, sur quelles traces je me penchais. Sur quelles traces n’est pas vraiment l’expression appropriée, elle évoque un enquêteur, et un enquêteur n’a pas peur. Un enquêteur cherche la vérité, quand je ne suis pas certaine de désirer autre chose que l’apaisement de celle qui attend dans ma poche, dans le papier kraft. »

Fleuriste dans une station balnéaire, Dominique a l’impression de passer à côté de son existence. À l’aube de la cinquantaine, elle hérite de souvenirs de famille, dont le troublant portrait d’une aïeule inconnue d’elle : Léontine. Le cliché, signé Albert Londe, photographe jadis associé au professeur Charcot à la Salpêtrière, la représente en pleine phase hystérique. Se plongeant dans les archives du célèbre hôpital, Dominique va en découvrir davantage sur cette lointaine parente, sur les siens… et enfin sur elle-même.

Il était vraiment temps de sortir ce roman de ma PAL, car il y a bien longtemps que plusieurs romans d’Angélique Villeneuve y dorment. (Oui, je sais, j’en ai acheté plusieurs sans être sûre que cela me plairait… mais mon instinct était bon.)

Dès le début, j’ai senti une voix, une sensibilité particulière, comme si l’auteur,venait me murmurer à l’oreille, au coeur l’histoire de Dominique, une jeune femme que l’on devine fragile, un peu hors-normes, et comme s’il fallait tourner les pages de sa quête avec retenue et délicatesse.

C’est une vieille enveloppe moisie et trois photographies mystérieuses qui vont entraîner Dominique jusqu’à l’hôpital Charcot, à Paris, sur les traces d’une patiente, d’une parente soignée pour hystérie. Les lignes intérieures de l’héroïne bougent elles aussi et laissent entrevoir des bribes de sa propre histoire, un puzzle qui se reconstitue peu à peu comme dans la douleur d’un enfantement. Des fenêtres d’air pur s’ouvrent malgré tout, avec les retours au grand paradis de l’enfance.

La fin (que je ne peux vous dire, évidemment) m’a d’abord paru un peu décevante, avant qu’un billet de Gwenaëlle me rappelle opportunément qu’il suffit parfois d’un rien pour qu’une vie change, pour qu’une personnalité sorte de son cocon et ose vivre autrement, à la fois déliée de son passé et l’assumant pleinement. C’est sans doute une des clés (avec le goût pour les vieilles photos) de ce beau roman d’Angélique Villeneuve.

Angélique VILLENEUVE, Grand Paradis, Phébus, 2010

 

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