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Présentation de l’éditeur :

Sous la forme d’un journal, cette recension autobiographique s’étend sur près de trois années durant lesquelles le narrateur a enseigné en tant que suppléant dans des établissements scolaires des Apennins.

Du village reculé de Villalta dont l’univers traditionnel s’effrite inexorablement, à Bagni di Lucca, une bourgade au pied des collines où là encore la vie semble vouée à l’abandon, le narrateur s’interroge, doute, écrit. Les histoires et les contes lui font pressentir la possibilité d’une libération et, face au doute et à l’effondrement qui guette, la fondation possible d’un îlot de stabilité dans le monde. Autour de ce noyau de réflexion gravitent les enfants, les gens, les choses, la nature qu’on effleure et, entre les traits qui les esquissent s’ajoure, en silence, le fond commun des histoires.

Ce récit de Fabrizio Puccinelli (1936-1982) a été édité pour la première fois en 1972. Il fait une bonne centaine de pages et est divisé en deux parties, Villalta et Bagni di Lucca, les deux villages où le narrateur (qui a des points communs avec l’auteur) a effectué des remplacements durant deux hivers consécutifs. Si Bagni di Lucca semble un peu plus évoluée que Villalta, dont les habitants sont marqués par les superstitions, la bourgade n’a pourtant guère évolué : ses habitants qui rêvaient de changement se sont exilés mais beaucoup sont revenus et sont maintenant déracinés. On pourrait se croire dans un film italien en noir et blanc des années 50-60 : derrière le détachement apparent avec lequel Fabrizio Puccinelli raconte les petits événements du quotidien, l’on perçoit bien l’immobilisme d’un pays qui semble figé dans l’immédiat après-guerre. Paradoxalement, cette économie de moyens fait aussi percevoir la valeur de la vie dans ce qu’elle a de plus humble, de plus simple. Toutes choses recueillies dans les contes, dans les textes que le suppléant fait écrire à ses élèves ou dans les livres qui accompagnent les mois d’hiver.

Un petit livre à la musique originale.

« Il y a longtemps que je n’ai pas lu de romans. La lecture réclame de la solitude, du temps et un peu de la passion avec laquelle le histoires ont été écrites. Et de réflexion et de nostalgie. Après la promenade que je fais dans les premières heures de l’après-midi jusqu’aux limites du village, là où la neige est plus haute, je m’enferme dans ma chambre et je peuple ma solitude de personnages. La cheminée dévore le bois comme je dévore le pages. » (p. 37)

« La lecture détache les enfants de leur dépendance aux autres, surtout de la dépendance spirituelle. Elle crée autour d’eux le silence, la dignité d’une conscience non pas séparée mais distincte. Depuis l’enfance déjà, chacun possède ses goûts, ses fréquentations, explicite son caractère.

Certains parmi les enfants écriront même par la suite des histoires à propos de leur enfance, de leurs jeux, de leurs bandes ; écrire est peut-être nécessaire pour se rendre compte de la qualité et de la valeur de ce que d’autres ont écrit. » (p. 60)

Fabrizio PUCCINELLI, Le suppléant – Un hiver à Villalta, traduit de l’italien par Marc Logoz, collection Tuta Blu, éditions Héros-Limite, 2016

Série Hiver, épisode 3

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