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Quatrième de couverture :

« En savourant le livre Un été avec Montaigne d’Antoine Compagnon, je me suis dit sur le mode de la plaisanterie : à condition de passer l’hiver avec Schubert. Et je me suis piqué au jeu. Schubert m’est toujours apparu comme une sorte de chaînon entre Mozart et… Proust.

Une quarantaine de textes ont vu le jour, au moment où les nuits sont longues. Le portrait d’un homme terriblement émouvant m’est apparu. Un coeur pur, un grand esprit, le meilleur des amis. Et toujours seul. Premier des romantiques tout en demeurant un classique, Schubert reste le plus mystérieux des compositeurs. Parce que sa musique éprouve la douleur sans cesser de sourire et qu’elle regarde la mort droit dans les yeux tout en nous faisant aimer la vie.

Cet art subtil répond étonnamment à la crise de notre époque en nous offrant une introspection lucide et courageuse, une mystique tendre pour écouter le monde autrement. Et tellement d’amour. »

Je n’ai encore lu aucun des titres « Un été avec… » mais j’ai sorti de ma PAL cet Hiver avec Schubert acquis il y a deux ans, à sa sortie. De Schubert, classé dans les romantiques classiques (il est mort seulement un an après Beethoven, à l’âge de trente-et-un ans), je connais bien sûr la fameuse Truite ou le quatuor La Jeune fille et la Mort, mais surtout les lieder, dont je possède deux CD enregistrés par Mathias Goerne chez Harmonia Mundi, et encore je ne connais vraiment pas tout, notamment ce fameux Winterreise, le dernier cycle de 24 lieder, à la fois crépusculaire et tout à fait original dans sa construction. Olivier Bellamy explique bien que l’on peut considérer les cycles de lieder schubertiens (Sennsucht, Nacht und Traume,…) comme des opéras « réussis » de par leur architecture (l’opéra étant un genre abordé par Schubert, mais dans lequel il n’a jamais connu le succès ni de son vivant, ni dans la postérité).

Au fil des textes, l’auteur nous parle aussi d’autres oeuvres emblématiques comme les trois dernières sonates pour piano ou les symphonies, dont la fameuse Inachevée (qui était sans doute achevée dans l’esprit du compositeur, mais ses deux mouvements ont jeté le doute chez un public habitué à un minimum de trois mouvements dans ce genre musical). Au total, sur une si courte vie interrompue par la syphilis, Schubert aura composé mille oeuvres, oui, vous avez bien lu (et on considère un cycle de lieder comme une seule oeuvre) tout en menant une vie discrète, en ne cherchant aucunement le succès ou la reconnaissance de ses pairs.

C’est cette personnalité, ce naturel introverti, cette timidité marquée par la rupture avec le père et l’amitié féconde de nombreux poètes, du baryton Vogl, de camarades étudiants qu’Olivier Bellamy nous fait saisir sous des aspects très divers, comme le désir d’apprendre toujours, de remettre sans cesse son ouvrage en question, aspects à travers lesquels il nous fait ressentir son amour inconditionnel pour le compositeur. Le seul petit bémol étant que, comme toujours, Bellamy veut absolument teinter de foi chrétienne son « enquête » sur Schubert et que c’est un peu agaçant qu’il veuille toujours (ou souvent) interroger ses invités dans ce domaine. A part cela, son livre m’a donné envie d’explorer plus avant l’oeuvre de Schubert, même si je me sens bien démunie au niveau musical pour percevoir toute la finesse et l’apparente simplicité de ses compositions.

Olivier BELLAMY, Un hiver avec Schubert, Buchet-Chastel, 2015

Série hiver, épisode 3

 

 

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