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Présentation de l’éditeur :

Dans la maison qu’il a lui-même construite au cœur du Dorset, aux côtés de Wessex, son chien fidèle, et de Florence Dudgale, sa secrétaire et épouse en secondes noces, Thomas Hardy entre dans l’hiver de sa vie. À quatre-vingt-quatre ans, l’auteur de Jude l’Obscur pense en avoir fini avec la passion quand une adaptation de Tess d’Urberville est montée au village. La jeune Gertrude Bugler, qui tient le rôle-titre, le charme et le fascine par son talent et sa fraîcheur. Sous le regard amer de son épouse qui
souffre de la pesante atmosphère d’une maison isolée et encerclée d’arbres, Hardy vit son ultime amour.

Christopher Nicholson esquisse un portrait tantôt mélancolique, tantôt désopilant, mais toujours saisissant, d’un couple vieillissant, et met en lumière les interactions entre la vie et l’œuvre de l’un des plus grands auteurs britanniques.

Il me faut avouer que je n’ai jamais lu de roman de Thomas Hardy et que je n’ai que de vagues souvenirs de l’adaptation ciné de Tess d’Urberville. Ce n’était pas nécessaire, me semble-t-il, pour apprécier ce roman de Christopher Nicholson (déniché à la bibliothèque, ce bleu ensorcelant de Quai Voltaire allié à la thématique Hiver ne pouvait que m’attirer) mais j’aurais bien aimé lire la note du traducteur avant plutôt qu’à la fin du livre : l’épisode romancé ici, celui d’une mise en scène théâtrale de Tess et de l’attrait du vieux Thomas Hardy pour son interprète, au grand dam de sa seconde épouse, est rigoureusement conforme à la réalité. On comprend que le vieil homme s’est surtout consacré à son oeuvre, ses romans puis ses poèmes, à la maison du Dorset qu’il a lui-même construite et dont il n’est pas question de modifier quoi que ce soit, surtout pas les arbres, et qu’il s’est laissé égoïstement aimer par ses deux épouses dévouées. Dans cet hiver physique et symbolique à la fois, le personnage plein de fraîcheur de Gertrude Bugler, la jeune comédienne amateur pressentie pour jouer Tess, donne lui aussi une image très positive du romancier et les manoeuvres jalouses de Florence (la seconde épouse) n’écorneront pas vraiment celle-ci. Dans ce contexte pesant, on perçoit d’autant plus le piquant passionnel de la crise de paranoïa de Florence.

L’analyse minutieuse et subtile des relations au sein du couple Hardy, le regard du vieux romancier sur la création, sur son oeuvre passée (le roman se passe en 1924 alors que Thomas Hardy a publié son dernier roman en 1897), son rapport aux femmes en général, le lien entre l’oeuvre et la vie sont vraiment très bien rendus par Christopher Nicholson, qui ne manque pas d’humour caustique, mais il me faut avouer que je me suis ennuyée parfois, sans doute oppressée moi aussi par l’emprise de l’hiver et des arbres sur cette histoire parfois un peu longuette. (Remarquez que l’objectif est paradoxalement atteint…)

« Une brume immobile s’étaient levée de la terre humide et répandue comme un lac blanc sur les prés, et, à mesure qu’il descendait des hauteurs pour s’enfoncer dans cette fine couche vaporeuse, il vit disparaître ses pieds, ses jambes et sa taille alors que sa poitrine et sa tête demeuraient à la surface. Au bord de l’eau, les cimes des saules taillés en têtards surnageaient sur une étendue de néant, le soleil levant brillait de mille feux sur les particules dansantes, et les fils d’un millier de toiles d’araignées se balançaient et resplendissaient. Comment puis-je en toute conscience, se demanda-t-il, quitter ce paradis terrestre pour Londres ? » (p. 30)

Christopher NICHOLSON, Hiver, traduit de l’anglais (Angleterre) par Lucien d’Azay, Quai Voltaire, 2015

Série Hiver, épisode 4

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