Mots-clefs

, , , ,

Quatrième de couverture :

Mathieu est dans la rue. Il y survit grâce à Sam, son chien. Quelque chose le tue, qui n’est pas le froid ou l’indifférence des autres. Quelque chose l’empêche de respirer. Quand Sam disparaît, Mathieu part à sa recherche et, sans le vouloir, ouvre la porte à ses démons.

Pour être honnête, j’avais très peur de lire ce livre, pourtant plébiscité par des libraires et des copines blogueuses amatrices de littérature québécoise : la simple idée qu’un chien soit un personnage important et surtout, soit en danger puisqu’il disparaît, la crainte que cela entraîne une souffrance intolérable pour le propriétaire du chien, toutes ces croyances nourrissaient une sérieuse appréhension. Sans rien m’en révéler mais en me rassurant un peu, Laetitia me l’a prêté et elle a bien fait, parce que ce court roman m’a procuré de l’émotion et le plaisir de lire un livre quasiment d’une traite, ce qui ne m’était plus arrivé depuis longtemps. (Avec le premier ouvrage belge que je vous présenterai en avril, il constitue mes plus belles lectures de ce début d’année, ça commençait à faire long.)

Si Sophie Bienvenu montre sans fard le quotidien d’un homme dans la rue à Montréal, ce n’est pas le propos principal de son roman : c’est cette relation intime entre Mathieu et Sam, une chienne pitbull dont on sent bien qu’elle est plus qu’un gardien ou un simple compagnon à quatre pattes. Sam est une bouée de sauvetage pour celui dont on découvre progressivement l’enfance, l’adolescence et la vie de jeune adulte : peut-être Mathieu prête-t-il bien plus de sentiments humains à sa chienne qu’elle n’en a naturellement, mais elle semble bien pleine de charme et de sensibilité, cette Sam, elle offre à son maître la chaleur et l’attention qui lui manquent cruellement. Coincé entre une mère qui se révèle une redoutable manipulatrice et un père dominé qui ne peut exprimer son affection, Mathieu, un garçon hyper-sensible, n’a pu avoir toutes les chances et tous les outils pour mener une vie adulte vraiment épanouie. Il a certes connu l’amour, auquel il était prêt à tout donner, mais aussi la déception, la solitude, la détresse. Et puis on sent que Mathieu ne se revendique pas le vrai propriétaire de Sam : on comprend pourquoi au fil de la lecture et c’est poignant.

La perte de son chien est la goutte qui fait déborder le vase mais au cours de sa quête pour la retrouver, on sent que Mathieu, le cabossé de la vie qui a connu bien d’autres pertes, n’a pas complètement perdu de son humanité, il est toujours ouvert à une porte, à un chemin qui, lentement, pourrait le faire sortir de sa nuit. C’est avec beaucoup de délicatesse, sans pathos, que Sophie Bienvenu trace l’errance de ce jeune homme à qui on a envie de souhaiter la pleine renaissance. Mon seul petit bémol – peut-être lié au fait que je n’ai pas lu de littérature québécoise depuis plusieurs mois – c’est que j’ai été un peu gênée par la langue : Sophie Bienvenu est d’origine belge, elle vit certes au Canada depuis longtemps mais pourquoi faut-il truffer le langage de Mathieu (qui est le narrateur du roman) de mots anglais qui ont leur équivalent en français ? Je comprends bien que Mathieu est plutôt d’une classe « populaire » et qu’il n’emploiera pas un langage soutenu mais quand même… Bon, ce n’est qu’un petit bémol qui ne bride aucunement l’émotion suscitée par cette belle lecture. A la Foire du livre, je me mettrai en quête d’autres romans de l’auteure.

Sophie BIENVENU, Chercher Sam, Le Cheval d’août, 2014

Merci, Laeti !

Quelques jours au Québec à l’occasion de la Foire du livre de Bruxelles qui met la ville de Montréal à l’honneur.

 

Publicités