Guerre et Térébenthine – Stefan Hertmans

Gallimard 2015 – Traduit du néerlandais ( Belgique ) par Isabelle Rosselin

Voilà un livre qu’il faut prendre le temps de lire, rencontrer son auteur, l’accompagner. Belle lecture.

« Quand Stefan Hertmans entreprend la lecture des centaines de pages de notes laissées par son grand-père, il comprend que cette vie-là vaut la peine d’être racontée. »

Cette première phrase de la quatrième de couverture donne le contexte et le motif, trace les grandes lignes, celle du roman familial inscrit dans l’Histoire, le roman du grand-père, le roman du XXème siècle. Toutefois, l’approche littéraire de Stefan Hertmans va bien au-delà. Je n’ai pas lu une saga. J’ai lu une réflexion littéraire et intime face aux mémoires, au devoir de mémoire, aux traces du passé et une quête de sens sur une tendresse douloureuse, pas celle d’un enfant qui raconte le grand-père excentrique, peintre copiste à ses heures, mais bien celle d’un homme qui tente d’embrasser un passé auquel il peut offrir une vie en mots, pour ce qui a été tu, pour ce qui a été tué.

Ce récit sans chapitre, en trois grandes parties illustrées de quelques photographies et reproductions de tableaux célèbres, relate l’histoire catholique flamande d’une faille et d’une fracture – une passion amoureuse, une Grande Guerre -, d’une vocation artistique frustrée par la raison sociale. Mais le peintre revient sur les pages, par la précision des descriptions des lieux et des techniques de peinture, par cet art de l’atmosphère.

Plume et pinceau se mêlent lors de l’évocation même si « je prends soudain conscience, presque physiquement, de l’éloignement de tout cela » –  «  les lieux ne sont pas qu’un espace, ils sont aussi associés à une époque ». La plume est généreuse, la palette colorée. Il y a aussi des musiques, des mélodies, entre les lignes sur lesquelles les voix se croisent, celle du grand-père, celle de l’auteur qui soulève les voiles, ouvre les yeux, donne du sens aux souvenirs en posant son regard d’adulte sur ceux de son grand-père, sur ces «  gens de l’époque des grandes catastrophes en Europe. ». Et d’homme à homme, il s’interroge sur ce vécu, s’effaçant dans la seconde partie, récit dans le récit, les combats en Flandre, seul le soldat peut raconter.

Le pèlerinage dans les souvenirs et les mémoires s’écrit en double hommage, celui de l’auteur à ce soldat, à l’homme brisé qui ne put vivre son amour, qui ne put exercer son art, ainsi que celui de ce grand-père à sa propre mère. Quel portrait de femme, sur une toile immense et pourtant minutieuse. Et quel amour témoigné aussi au père, à son talent de peintre d’église, à la modestie des parents.

Un livre de passions.

– Publié en folio depuis février 2017 –

Et la citation de première page :

« C’est comme si les jours, tels des anges vêtus d’or et de bleu, se tenaient insensibles au-dessus du mouvement circulaire de la destruction. » – E.M.Remarque. –

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