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Présentation de l’éditeur :

Jeanne la femme sans grâce, Jeanne qui a aimé d’un amour interdit, Jeanne qui a donné naissance à l’enfant du péché ne trouvera comme solution à son malheur que l’abandon. Elle s’abandonne elle-même. Elle s’offre à la folie.
L’auteur donne la parole à Jeanne, un siècle après. Rend la vie à celle qui n’a jamais vécu vraiment. Écrit pour la faire exister.

Après Nuage et eau, que j’avais beaucoup aimé, Daniel Charneux a publié ce très court et simple roman, pourtant d’une densité très touchante. C’est le roman d’une femme déshéritée, dépossédée du peu qu’elle a eu, et pendant si peu de temps : une enfant née d’un amour interdit, qu’elle croyait authentique. Une femme du siècle passé, d’avant la guerre de 14, d’abord soumise à son père puis à son premier mari, qui lui a donné trois garçons avant de mourir prématurément et d’obliger Jeanne à se mettre « en service » pour assurer la subsistance de ses enfants. C’est ainsi qu’elle est devenue bonne du curé. Un curé, c’est censé être juste, droit, sincère… Jeanne lui a fait confiance, elle lui a toujours été fidèle, même quand elle a dû quitter le presbytère…

Avec une grande économie de moyens, Daniel Charneux raconte l’histoire de cette femme simple, soumise aux hommes, à la religion, à une époque où les femmes avaient peu de droits et sûrement pas droit à la parole. Une femme dont la vie a été dure, d’ailleurs est-ce une vie, elle ne sait en parler qu’en mettant le mot en italiques. Une femme mise entre parenthèses, une femme effacée, oubliée. Ca m’est difficile d’en dire beaucoup, la fin est bouleversante, ce  roman m’a fait penser à Chercher Sam, de Sophie Bienvenu, ou encore Les Demeurées, de Jeanne Benameur, avec des différences, bien sûr. Il montre aussi l’étendue du talent et des centres d’intérêt de Daniel Charneux, et son regard plein de sensibilité sur le réel.

« Marguerite. Mar-gue-ri-te. Il faut que je l’articule, ce prénom, que je le mâche, que j’en imprègne mes joues, mon palais, pour me rappeler qu’elle a existé, qu’elle a trente-deux ans, qu’elle ne m’a jamais dit « maman ». Camille m’a dit. A son mari, à son fils, jamais elle ne parle de moi. Elle serre les lèvres, elle crispe les mains. Personne ne prononce plus le nom de Jeanne. Jamais. » (p. 19)

Daniel CHARNEUX, Maman Jeanne, Editions Luce Wilquin, 2009

Et un de plus pour les 30 ans des éditions Luce Wilquin

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