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Quatrième de couverture :

Cette nuit, tout peut basculer, le destin de la France comme ceux d’Agnès Dorgelles, d’Antoine Maynard et de Stanko. Demain, Antoine sera peut-être ministre, Stanko, lui, sera mort. Cette nuit, c’est la nuit où se négocie l’entrée au gouvernement du Bloc Patriotique, le parti d’extrême droite dirigé par Agnès. Cette nuit, c’est la nuit qui doit marquer l’aboutissement de vingt-cinq ans d’une histoire obscure, où ont dominé le secret, la violence et la manipulation.

J’ai lu ce roman dans la semaine à cheval sur le second tour de l’élection présidentielle française. C’est le livre qui a inspiré le film de Lucas Belvaux, Chez nous, mais franchement le lien entre le film et le roman est assez anecdotique, je trouve. Ce dernier fait froid dans le dos, mais il faut reconnaître qu’il est diaboliquement construit. Il met en scène tour à tour deux personnages du Bloc, un parti qui ressemble à s’y méprendre au FN (non, ce n’est pas seulement parce que j’étais tellement dans le stress de ce choix du second tour), deux hommes, l’un, Antoine Maynard, cultivé, aisé, élégant, et… compagnon d’Agnès Dorgelles, la fille du fondateur du Bloc, l’autre, Stéphane Stankowiac, peu éduqué, d’origine modeste, et en cavale. Car durant cette longue nuit romanesque, Agnès négocie avec le gouvernement en place l’entrée au pouvoir du Bloc, pour contrer les émeutes meurtrières qui secouent la France depuis plusieurs mois (toute ressemblance avec les émeutes de novembre 2005 n’est évidemment pas fortuite) ; le prix de cette prise de pouvoir : l’élimination de Stanko, symbole des années de violence plus ou moins cachée, de règlements de compte, de fascisme affiché à l’intérieur du Bloc.

Dans son bel appartement feutré, Antoine se parle à lui-même en tu, dans le métro, dans les rues de Paris, dans sa piaule minable, Stanko parle en je mais tous deux se souviennent en attendant l’un, la femme qu’il aime encore passionnément, l’autre, la mort qui ne tardera pas. Ils se souviennent de leur enfance, de leur jeunesse, de leurs amours, de leur entrée au Bloc et de leur montée en grade, des conseils politiques avec « le Vieux » (Dorgelles), du racisme ordinaire, des magouilles, des expéditions punitives contre des opposants ou des extrémistes de l’autre bord ou même des gens du parti qui dépassaient les bornes. Au fur et à mesure que la nuit s’avance, on se rend compte des liens profonds qui unissent les deux hommes entre eux et avec le parti. C’est construit comme une tragédie grecque (pleine de références culturelles), avec cette unité de temps sur une nuit, avec de la trahison, de la nostalgie d’un âge d’or, d’une France rêvée, avec la mort au bout de la pièce savamment orchestrée. Avec de la violence aussi, beaucoup de violence, des pulsions qui font frémir, qui révulsent.

Un livre engagé, qui prend parti, c’est certain, mais en nous faisant vivre de l’intérieur la vie de ce parti que Jérôme Leroy dénonce. C’est fascinant. C’est troublant. C’est flippant.

Jérôme LEROY, Le Bloc, Gallimard, 2011 (Folio policier, 2013)

 

 

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