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Quatrième de couverture :

Sur la mort de Vincent Van Gogh tout a été écrit. Sur celle de son frère Théo, terrassé par le chagrin, des litres d’encre ont été aussi déversés. Mais personne n’a évoqué ce qu’il advint de Johanna Van Gogh-Bonger, épouse de Théo, qui vécut un double veuvage tant le lien entre les deux frères était fort. Après la disparition de son mari dans un hôpital psychiatrique d’Utrecht, la jeune femme décide d’ouvrir, à quelques kilomètres d’Amsterdam, une auberge qui lui permettrait, à elle et à son bébé de un an, de survivre. C’est là qu’elle réunit les lettres de Vincent, qu’elle accroche aux murs ses toiles. Nous sommes en 1891 et certains voyageurs de cette fin de siècle s’arrêtent volontiers dans l’agréable demeure. Déconcertés, ils regardent ces tableaux aux couleurs inattendues qui jusque-là n’ont pas trouvé d’acquéreur, ni à Arles ni à Paris. Des tableaux dédaignés et même voués par certains au bûcher tant ils paraissent «démoniaques». Cette exposition loin du monde des critiques prétentieux et pontifiants permettra au peintre de connaître enfin une gloire posthume.
Une histoire méconnue et passionnante qui brosse, entre documentaire et fiction, le portrait d’une femme hors norme dont la détermination a changé la face de l’art contemporain…

Ce premier roman de Camilo Sanchez semble la suite naturelle à C’était mon frère… : en effet il part lui aussi du retour d’Auvers-sur-Oise de Théo Van Gogh après le suicide de son frère aîné. Sa femme Johanna assiste impuissante à la dégradation mentale et physique de Théo tout en assumant les soins donnés à son fils Vincent (un prénom qu’elle regrette presque d’avoir accepté) et en tentant de s’imaginer un avenir devant le deuil inexorable de son mari. Elle n’a fréquenté Vincent Van Gogh  que quatre jours et a pu se faire une petite idée de ses projets, de ses folies, d’une apparente arrogance vis-à-vis de Théo. Et de sa peinture, à laquelle il avait fini par vouer sa vie. Pour tenir bon, Johanna Bonger écrit un journal intime dans lequel elle appelle désormais le peintre Van Gogh tout court, tandis qu’elle réserve »Vincent » à son petit garçon. 

Quelques semaines après la mort de Théo, Johanna ouvre une pension de famille à Bussum : elle y fait revenir environ 300 toiles et autant de dessins de l’artiste, elle se plonge dans la lecture des lettres entre les deux frères et y découvre des clés de compréhension de l’oeuvre qu’elle ne soupçonnait pas. Le style de Vincent Van Gogh laisse pressentir qu’il aurait pu être – aussi – un grand poète. Petit à petit, Johanna va attirer l’attention de galeristes hollandais et faire enfin prendre conscience du génie de celui qui signait « Vincent ».

Plus que la qualité littéraire (quelques répétitions un peu gênantes pour un roman aussi court), c’est le côté très documenté du roman qui m’a intéressée, de même que la personnalité de Johanna qui garde les pieds sur terre et donne un poids rationnel, réaliste à la mise en valeur des toiles de son beau-frère. On l’a appelée « la veuve des Van Gogh » à cause de ce lien unique entre les deux frères : on peut dire que Camilo Sanchez ‘habille » cette appellation peu flatteuse en tissant un lien bien réel (et posthume) entre la belle-soeur et le beau-frère grâce aux lettres de Vincent à Théo.

« Pendant qu’elle lit, elle est prise dans un jeu de miroirs. Celui qui écrit ne l’intéresse pas autant que son destinataire. Elle traque, en quelque sorte, le lecteur des lettres, pas celui qui les envoie. 
Ce n’est pas Van Gogh qu’elle cherche en elles. Elle cherche à comprendre qui était son mari. » (p. 84)

« Johanna revient aux lettres. 
Elle est obsédée par la correspondance de son beau-frère: gênée d’entrer dans une intimité étrangère, elle se laisse emporter , surprise, par l’intensité d’une prose qui brûle tout sur son passage. 
« Je lis et je comprends de mieux en mieux le ravissement de Théo.
Van Gogh domine l’art d’écrire des lettres.
Il s’applique, même quand il écrit un message d’une seule ligne. 
Une idée l’anime: que le destinataire puisse l’accrocher pour sa beauté sur un mur de sa maison. 
Van Gogh écrit comme il peint. «  (p. 92)

« Seule la peinture
m’a fait comprendre la lumière
restée dans l’obscurité. »

Presque un haïku de Bashô.
La lettre est datée de La Haye, août 1882. »

« Je viens de m’asseoir devant un tableau blanc face au paysage qui m’impressionne… écrit Van Gogh.
Autrement dit, il partait d’un tableau blanc.
Il faut être très artiste ou très fou, ou les deux à la fois, pour entendre par un tableau blanc une toile.
Ne serait-ce pas là la différence ?
Van Gogh entre-t-il dans un tableau par un autre, vide ? » (p. 148)

Camilo SANCHEZ, La veuve des Van Gogh, traduit de l’espagnol (Argentine) par Fanchita Gonzalez Batlle, éditions Liana Levi, 2017

Avec cette troisième lecture s’achève ma semaine avec les Van Gogh.

Nuit étoilée sur le Rhône