Présentation trouvée sur le site de l’éditeur :

Déterrer les os est une plongée en huis clos entre la narratrice et son corps fautif, ce corps qui déborde et réclame toujours davantage et qu’elle tente de rejeter. Ce corps qui est en fait un scaphandre, une cage qu’il faut détruire en secret.

Si je retranscris la présentation de l’éditeur, c’est que je suis bien en peine de parler de ce texte que je viens de lire quasiment d’une traite en une soirée. J’ai hésité à laisser passer la nuit avant de rédiger ce billet, puis finalement, je me lance quand même, car je ne suis pas certaine d’avoir l’élan nécessaire pour l’écrire demain.

Ce premier roman m’a été conseillé une nouvelle fois à la foire du livre de Bruxelles par un libraire québécois qui avait été pris aux tripes. Pour ma part, j’ai rarement été aussi perplexe quant à mon ressenti suite à une lecture.

C’est un roman bref, dense, sec. Pas de fioritures : l’auteure va à l’essentiel, la narratrice ne cherche pas à se faire aimer, pardonner, consoler. Quand je dis « pardonner », elle n’en a nulle raison. Et pourtant, ce mot me vient à l’esprit. Certainement par cette culpabilité latente qui ronge cette jeune fille. Toujours dans les extrêmes, dans les excès : du trop plein au trop peu.

Je dois le reconnaître, j’ai d’abord été désarçonnée, rebutée même, par la sécheresse de l’écriture, son côté « cassant », brutal. Qui ne cherche pas à faire dans la dentelle, dans le style étincelant de belles images, de jolies tournures. Non, c’est d’abord impérieux comme un enfant gâté qui réclame des tours de carrousel, c’est amer comme une kyrielle de pamplemousses avalés à la chaîne, c’est brut, sans un mot de trop et, pourtant, ça donne la nausée comme d’ingurgiter tout ce qui tombe sous la main sans faim/fin.

J’avoue, j’ai failli arrêter ma lecture. Abandonner. Tant pis si ce livre ne fait que 112 pages, mise en page aérée. L’écriture me restait en travers de la gorge, le contenu me donnait des haut-le-cœur. J’avais envie de sortir de table sans terminer mon assiette.

Et pourtant, pourtant, j’ai continué. Pourquoi ? Par une sorte de mimétisme avec le personnage, engloutissant les mots sans envie, incapable de me maîtriser, me dégoûtant moi-même ? Ou bien par contagion ou par empathie, l’accompagnant dans sa chute, ses malaises, son jusqu’au-boutisme dans la destruction de soi ? Plus j’avançais, plus je sentais les arrêtes saillantes du texte et du corps de la narratrice. Un texte et un corps qui ne font qu’un finalement. Plus j’avançais, plus je titubais avec elle, plus je me sentais mal. Et plus j’avançais.

Je ne sais pas si j’ai aimé ce livre. Non, je ne pense pas. Et, en même temps, le trouvé-je réussi ? Oui, absolument. Ce texte m’a mise mal à l’aise, m’a dérangée, rebutée. Il a atteint son but : me laisser entrevoir une réalité que je ne connais pas d’expérience, mais que j’ai pu observer de près il y a 15 ans. Elle avait l’âge de cette narratrice, elle était mon amie. Je l’ai vue maigrir, s’émacier, son teint devenir grisâtre. Je l’ai vue sombrer. Impuissante. Heureusement, elle s’est relevée aujourd’hui, s’est remplumée, a retrouvé le plaisir de manger. Mais est-ce ce souvenir douloureux qui a influencé ma lecture ? Est-ce ce malaise face à une personne en souffrance, qu’elle soit de chair et – surtout – d’os ou de fictions et de mots qui m’a rendu cette lecture difficile ? Un peu des deux certainement. Ce texte me restera-t-il longtemps en mémoire ? Je ne le jurerai pas. Mais ces mots… : Quand est-ce qu’on sait quand c’est fini ? 

Déterrer les os, Fanie Demeule, éditions Hamac

Publicités