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Quatrième de couverture :

Qu’est-ce qui pousse Camille à quitter la vie citadine, pour une maison isolée au fond des bois avec son chat et son lapin ? Un besoin de faire le point, dans une solitude totale. Totale ? Un inconnu frappe à la porte. Que lui veut-il ? Et pourquoi laisse-t-elle, jour après jour, cet homme aux yeux clairs prendre ses aises chez elle ? Un roman lumineux sur l’ouverture aux autres, la beauté des rencontres de hasard et le refus des préjugés.

Veuve, Camille vit dans sa bulle très bien protégée (ou presque) de toute intrusion extérieure et est particulièrement « fière » de ce système de protection qui tient ses collègues, voisins et même sa mère à bonne distance. En réalité, elle s’est enfermée elle-même, coupée d’elle-même et un beau jour, son inconscient se rappelle sans doute à elle dans une négligence qu’elle commet dans son étier d’assistante-vétérinaire. Elle part donc, avec son chat et son lapin, s’enterrer à la campagne, dans une maison perdue dans la forêt, pensant que plus de solitude encore soignera son mal-être. Contre toute attente, c’est l’irruption quotidienne de Théodore (le bien nommé), un sans abri taciturne qui va peu à peu lui révéler son secret. En contrepoint à la voix de Camille, celle de Suzanne, sa mère, sociable et bien entourée, et des extraits de textes scientifiques ou poétiques sur les étoiles. Des étoiles solitaires qui naissent ensemble dans une explosion gazeuse mais restent le plus souvent éloignées les unes des autres. Une métaphore qui prend évidemment tout son sens en suivant les trajectoires de Camille, Théodore et Suzanne.

J’ai bien aimé ce roman intimiste, de saison car il se passe pour une bonne partie à l’approche de l’hiver, sans doute parce que je me suis un peu reconnue dans la répugnance de Camille aux liens sociaux : l’auteur, Martine Rouhart, décrit son univers psychique avec tant de finesse qu’elle ne paraît jamais antipathique, je l’ai suivie sur son chemin d’étoile morte à étoile brillante, j’ai cru à cette rencontre improbable avec Théodore. Cette histoire presque banale qui va se révéler poignante est portée par une écriture élégante, poétique, pleine d’empathie.

Un beau texte porté par une « petite » maison d’édition belge exigeante.

« Je regarde la neige voleter comme autrefois je regardais la pluie têtue de la fenêtre de ma chambre, durant des après-midi entières. Des événements silencieux qui m’ont toujours fascinée. Au fond je me complais dans la routine et les menus faits du quotidien, répétés jour après jour. Tout ce qui est lent, régulier, me rassure et m’apporte un genre de paix de l’âme. Le va-et-vent incessant des vagues, les cascades d’eau qui chutent, indifférentes, et les nuages qui passent, leur inconsistance qui s’effiloche… Ce que recèlent de simple, d’infime, d’évident et de presque inaperçu les choses de la vie. C’est peut-être ça qui m’a évité le pire jusqu’ici, la sauvegarde des précipices. Ces moments volés où, sans le savoir, j’apprenais à aimer la solitude intérieure et les souffrances qu’elle cause. » (p. 82)

« Comment peut-on se sentir roche d’un total étranger ? Il y a un lien entre nous, incertain et invisible, un lien sans existence réelle,impossible à définir. Ou plutôt si, un lien entre deux lueurs éloignées, une sorte d’amitié interstellaire. A-t-on jamais vu des étoiles se rejoindre ? Me voilà partie dans des rêveries sur le monde des étoiles. Théodore et moi, un couple d’étoiles comme on en voit dans le ciel, tournant inlassablement autour d’un centre de gravité commun… » (p. 110)

Martine ROuhART, La solitude des étoiles, Murmure des soirs, 2017

Un très grand merci à Carolane et à Françoise Salmon, éditrice de Murmure des soirs, pour la découverte de ce roman.

Le premier chapitre ici.

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