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Quatrième de couverture :

Mariée depuis six ans à Jean, Marie considère son existence comme heureuse. Et pourtant… le bonheur n’est-il qu’une douce routine baignée d’ennui et de vide ? Marie prend soin de Jean comme si elle était sa mère, Jean lui parle comme à une enfant. Est-elle encore femme ? Oui, elle l’est tout à coup, pour un autre qui enflamme son désir, un tout jeune homme qui lui a demandé “Vous aimez l’aventure ?” et qui lui laisse son numéro de téléphone. Marie, cette eau qui dort, rêve de tempêtes. Marie la patiente, la silencieuse, ouvre les yeux et se rend disponible au monde. Histoire d’un voyage introspectif et d’un retour à la lumière, A la recherche de Marie évoque les tourments de l’âme et du coeur avec une sensualité fraîche pleine de pudeur. Dans une langue épurée, légère et précise, Madeleine Bourdouxhe célèbre l’écoute intime et l’émancipation des prisons bâties par la tradition, la famille, l’habitude – et par soi-même.

Pour ce rendez-vous classique belge, je retrouve la plume de ma chère Madeleine Bourdouxhe dans un roman intime, délicat et épuré.

Le lecteur accompagne cette jeune femme de ses vacances à la plage à ses longues promenades dans Paris en passant par des parenthèses en train. La remise en question de Marie, son retour à elle-même telle qu’elle était à 17-18 ans, à une certaine forme de virginité,  passe par le déplacement, le mouvement, métaphore du voyage intime. A travers la quête de Marie, se dessine l’histoire d’une femme façonnée par son éducation, par son milieu, par l’image qu’elle renvoie aux autres, son mari, ses parents, sa soeur, ses relations, image dont tout le monde croit qu’elle est la vraie Marie mais qui, finalement, ne correspond en rien aux désirs de Marie : désirs du corps, de l’esprit, désir de vie, de souffle.  

Ce roman, c’est l’histoire très simple (en apparence)  d’une conquête, celle de la liberté intérieure d’une jeune femme qui parvient à accueillir avec calme toutes les relations qui s’offrent à elle, qui leur donne leur juste place et s’ajuste donc à elles, que ce soit amour, amitié, amitié amoureuse, amour des parents, de la soeur… Elle réussit ainsi à préserver son jardin secret, ses désirs profonds, tout en gardant un coeur vibrant, ouvert.

C’est, me semble-t-il, une forme d’ascèse de la relation que nous conte Madeleine Bourdouxhe et elle le fait d’une plume délicate, précise et raffinée. La finesse de ce portrait de femme tout en retenue, où les paysages accompagnent les émotions humaines, m’a une fois de plus séduite. Il me faudra désormais m’intéresser aux nouvelles de l’auteure, puisque j’ai maintenant lu tous ses romans…

« Octobre fut beau, d’une température égale, chacun e ses jours éclairé d’un soleil pâle. Il y avait dans l’air une mort paisible, sans heurt : les arbres de Paris se défeuillaient doucement.

Il n’y avait en Marie ni enthousiasme, ni haine, ni détresse. Pas d’indifférence non plus. Mais plutôt comme une paix farouche. Si elle éprouvait un désir, c’était celui d’être un homme qui marche sur une route, couche et mange au hasard, s’assied sur un ta de pierres et coupe son pain avec un canif. Si elle éprouvait une joie, c’était l’étrange et  dure jouissance de la disponibilité. Elle marchait d’un pas sûr, les yeux lucides, la tête haute – beaucoup trop haute. Et la saisons de l’année mourait trop tendrement pour la saison du coeur, qui, au souvenir d’une nuit, se marquait d’une fulguration, clarté trop crue, presque froide. » (p. 75)

Madeleine BOURDOUXHE, A la recherche de Marie, Actes Sud, 2009

Le roman a été publié pour la première fois en 1943, ce qui en fait donc bien un classique pour le rendez-vous de ce jour.

A propos de Madeleine Bourdouxhe (sur le site d’Actes Sud qui fête ses 40 ans cette année) :

Née à Liège en 1906, Madeleine Bourdouxhe a fait des études de philosophie à Bruxelles. Résistante lors de la Seconde Guerre mondiale, elle refusa de publier ses nou velles chez les éditeurs parisiens contrôlés par les Allemands. Secrétaire perpétuelle de la Libre Académie de Belgique à partir de 1964, elle est décédée en 1996. Actes Sud a publié deux autres de ses livres : le roman La Femme de Gilles (2004), traduit dans le monde entier et adapté au cinéma par Frédéric Fonteyne, et le recueil de nouvelles Les Jours de la femme Louise (Babel n° 950).

  

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