Étiquettes

, , ,

Quatrième de couverture :

Une enseignante de français en poste sur une réserve innue de la Côte-Nord raconte la vie de ses élèves qui cherchent à se prendre en main. 
Elle tentera tout pour les sortir de la détresse, même se lancer en théâtre avec eux. 
Dans ces voix, regards et paysages, se détachent la lutte et l’espoir.

Manikanetish, cela veut dire Petite marguerite en innu, C’est le nom d’une école donné en hommage à Petite marguerite, qui n’a jamais eu d’enfant, mais qui en a élevé des dizaines, souvent des difficiles. Manikanetish raconte l’histoire d’une jeune femme, Yammie, qui accepte un poste d’enseignante dans le nord du Québec, dans une réserve : ce faisant, elle lâche son petit ami et revient – non sans appréhension – sur les terres de ses ancêtres. Elle va vraiment tout donner à ses élèves, ceux qui s’en sortent assez bien, ceux qui peinent en français, ceux qui ont tellement de responsabilités extra-scolaires qu’il (ou plutôt elles) ne peuvent se concentrer sur leur réussite scolaire, ceux qui ont un comportement vraiment difficile.

Ce deuxième roman de Naomi Fontaine rend hommage au travail de ces enseignants qui font tout pour faire grandir leurs élèves, leur ouvrir la voie vers le cégep et des études qui leur assureront un avenir. C’est aussi un hommage particulier au cours de français (cela ne pouvait que me toucher), avec les subtilités de l’argumentation, de la grammaire et le défi presque insensé de monter Le Cid avec tous les étudiants de la classe de Yammie, quel que soit leur niveau

Le roman évoque également la rudesse de la vie dans le grand Nord, les drames qui touchent les innus, notamment le suicide. En le lisant j’ai évidemment pensé à d’autres livres qui mettent en scène les « autochtones » du Québec et des personnes qui ont quitté la région (qui l’ont fuie parfois) et qui y reviennent, qui renouent avec leurs racines familiales, avec la nature omniprésente. (Je pense notamment aux Histoires nordiques de Lucie Lachapelle et à Marie-Christine Bernard, elle-même enseignante en cégep et qui accompagne de nombreux étudiants venus des réserves.) Naomi Fontaine conte ce quotidien sous la voix de Yammie, en de courts chapitres fluides et sereins, sans aucun pathos (ce qui, selon moi, est un excellent moyen de laisser les émotions affleurer, évidemment). Les problèmes profonds des réserves semblent être vécus de façon apaisée malgré les difficultés, et tout est fait pour faire tomber les barrières 

« Pleure ma fille. Les choix qu’on fait sont souvent difficiles à expliquer.Et lorsque les gens ne comprennent pas nos choix, ils s’éloignent, parce qu’ils ont peur, tu vois, que ce soit nous qui nous éloignions avant eux.
J’ai su qu’elle ne parlait pas de moi. Elle parlait d’elle y a vingt ans. De sa fuite vers la grande ville. De l’incompréhension puis du rejet de ses parents, de ses sœurs. Sa rébellion envers la règle non écrite de rester à jamais dans la réserve. D’y élever ses enfants. D’y bâtir sa maison. J’ai su qu’elle ressentait ma douleur, par commémoration. »

Naomi FONTAINE, Manikanetish, Mémoire d’encrier, 2017

Le défi du Fil rouge proposait de lire de la littérature autochtone en ce mois de juin.

    Titre Mot unique

Publicités