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Quatrième de couverture :

Simon Plessis ne croit plus en l’actualité. Pour ce fondateur des Mercenaires de la Virgule, un collectif de journalistes parisiens, c’est un vrai problème. D’autant que depuis quelque temps, Simon reçoit chaque semaine une mystérieuse photo d’actu sous pli anonyme. Des images des années 90, dues à son amie le Diablotin, une photographe de presse disparue juste avant l’an 2000.
Qui envoie les photos, et pourquoi ? Pendant que la rédaction et les internautes s’emballent, Simon relève le défi et part à la recherche de l’expéditeur. Il rencontre un slammeur ombrageux, un toucan distingué, un Mur qui n’en finit pas de tomber.
Et le temps lui-même, qui n’obéit à personne d’autre qu’au Démon de l’actualité.

Derrière cette couverture aux tons vifs (mais aussi noir et blanc), commence un roman au ton assez désabusé : nous sommes en 2010, la carrière de Simon Plessis végète alors qu’il est l’un des brillants fondateurs d’un site d’actualités, sa vie personnelle est aussi morne que sa vie professionnelle et voilà qu’un expéditeur mystérieux lui envoie des photos prises par sa compagne Valentina Kallenbach, dite le Diablotin, dans les années 1990. La jeune photographe de presse, féministe fantasque, est morte juste avant le tournant de l’an 2000. Les photos sont l’occasion pour Simon de se remettre à écrire des chroniques qui font réagir les internautes. Quand les envois cessent mystérieusement, Simon se met en quête de l’expéditeur, poussé par ses collègues fondateurs.

Dans des chapitres courts, rapides, qui alternent entre les années 1990 et 2010, le narrateur nous repasse toute l’actualité de cette vingtaine d’années et surtout il nous livre une réflexion sur les mécanismes de cette actualité, des sites internet, sur ces faits qui se chassent les uns les autres, faisant couler tant d’encre de la part des journalistes et des lecteurs de tous bords, mais ne laissant aucune prise ou si peu finalement au temps, à la distance, à la réflexion.

Suivre la piste des photos du Diablotin, c’est aussi une manière pour Simon d’enfin comprendre la démarche photographique et de faire le deuil de cette jeune femme si attachante et si originale. C’est cet aspect du roman qui m’a le plus touchée. Je l’ai terminé il y a une semaine et j’avoue que – hélas comme l’actualité immédiate – il ne laissera sans doute pas beaucoup de traces dans ma mémoire de lectrice, même si le sujet de réflexion est très intéressant.

« 2011 a commencé par une épidémie de révolutions dans des endroits où on l’on croyait le peuple incapable de se révolter, suivie d’un tsunami meurtrier et d’une catastrophe nucléaire dans un pays dont on estimait la technologie infaillible. Des transgressions majeures es événements impossibles et pourtant avérés, courant devant nos yeux incrédules sans nous laisser le temps de les apprivoiser. Il n’y a pas de trêve, il n’y a plus de distance. L’actu s’est transformée en invitée envahissante qui parle fort pendant toute la soirée, racontant d’une voix haletante des choses que personne n’aurait imaginées. Même les petits malins n’osent l’interrompre pour placer leurs blagues salaces qui détendent l’atmosphère. » (p. 91)

« Jamais pourtant je ne sens souffler le vent de l’Histoire. L’actualité de ces années-là n’a pas plus de sens pour moi que celle de 2011, hormis celui d’avoir été saisie par le Diablotin. Au mieux, ces images rejoindront l’album-souvenir d’une humanité errante, incapable d’arracher au chaos quelque chose qui ressemblerait à un destin. » (p. 146)

Philippe MOUCHE, 32 photos de Valentina Kallenbach, Gaia, 2015

Quelques jours consacrés à la photographie