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Quatrième de couverture :

À bord d’un grand voilier, un homme laisse derrière lui le ciel gris et bas de Belgique, les paparazzis, les salles de concert enfumées. Sur les îles Marquises, il veut devenir un autre et retrouver le paradis perdu de l’enfance. Mais il reste toujours le plus grand : Jacques Brel.

Roman biographique et onirique, Mourir n’est pas de mise redonne vie avec grâce et émotion aux quatre dernières années mythiques de Jacques Brel, entre grandes fêtes, vie solitaire, compositions, échappées sur mer ou dans les airs. Des années de beauté, de gravité, d’une vie réinventée, tel un conte merveilleux et cruel.

En septembre, je suis tombée tout à fait par hasard sur ce livre en librairie et je me suis dit que je le présenterais le jour des quarante ans de la mort de Jacques Brel, le 9 octobre 1978.

« Il y avait tant de personnes qui ne voyaient pas ou ne voulaient pas voir qu’il était loin déjà. Et qu’il avait le dos tourné. C’était peut-être la seule chose qui ne mentait pas sur la photo. Il n’avait pas imaginé, depuis qu’il avait annoncé son retrait de la scène, qu’on le presserait autant dans l’espoir de lui arracher des regrets. Il fallait vraiment ne pas le connaître pour se le figurer déjà nostalgique ou incertain de son choix. » ‘p. 16-17)

En de très courts chapitres, David Hennebelle raconte les quatre dernières années de Jacques Brel : cette sorte de fuite sur les mers loin de toute forme de notoriété, avec celle qui s’impose sur le bateau et qui sera finalement sa dernière compagne, fidèle et amoureuse jusqu’au bout, Maddly Bamy ; le projet de tour du monde à la voile stoppé par la première attaque du cancer ; la reprise du voyage et l’arrêt aux Marquises, sur la petite île d’Hiva Oa, parce que là au moins, personne, vraiment personne ne sait qui est Jacques Brel ; la vie douce, apaisée, accordée à une nature exceptionnelle, marquée par les navettes en avion entre Tahiti et les Marquises (notamment pour transporter le courrier), les soirées où Brel cuisine et s’habille en smoking parce que rien n’est trop beau pour recevoir les amis ; l’écriture des chansons du dernier album, celui qui s’arrachera comme des petits pains, composé et enregistré à la fois dans la jubilation et le doute ; et puis la fin, la maladie qui le rattrape et le foudroie dans la grisaille parisienne.

A mon sens la quatrième de couverture sur-vend ce court roman en disant qu’il redonne vie à ces quatre années « avec grâce et émotion »  je l’ai trouvé certes agréable à lire mais assez factuel et ce n’est que normal car finalement peu de gens ont raconté ce qui s’est passé sur le bateau de Brel ou dans la maison d’Hiva Oa. Quand il revenait en Europe, Brel fuyait les journalistes, nombreux à ses trousses. Et le combat contre la maladie est sans doute – et heureusement – resté le secret du chanteur et de ses intimes. Et donc ce récit m’a paru un peu sec… mais il y a parfois au détour d’une page un moment d’émotion, notamment à travers les rares paroles que Brel a vraiment laissées  : vers d’une chanson dédiée à son ami Georges Pasquier (« Jojo était son ami le plus cher depuis leur rencontre aux Trois Baudets, depuis ces fins fonds de la nuit où aucun des deux n’arrivait à dire à l’autre que, peut-être, il serait préférable d’aller dormir. ») ou lettre à un autre ami, Charley Marouani (« Je t’écris sur le pont,à la lueur d’une lampe à pétrole. Il fait doux. La terre bruisse et respire. Un moment rare et merveilleux, trop formidable pour un homme seul. Envie de t’écrire. Acte rare et important pour moi. J’ai tant d’amitié et de respect pour toi que les mots me semblent insolents et que, de toujours, j’ai préféré le silence. Mais me reste l’envie de dire aux hommes que j’aime, que je les aime. Et je t’aime. »)

Et puis, ne serait-ce que pour approcher un peu l’homme Jacques Brel, le chanteur, l’auteur, l’amoureux, le rêveur qui brûla d’une flamme inextinguible, cette lecture en valait bien la peine.

David HENNEBELLE, Mourir n’est pas de mise, Autrement, 2018

 

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