Nous survivrons en échangeant nos mensonges comme les enfants échangent leurs jouets. Dans ce village qui ne nous ressemble pas nous apprendrons à inventer les vérités qui nous feront le plus de bien. Je sais maintenant que nous ne pourrons jamais oublier le passé, mais c’est ce que nous essaierons de faire malgré tout. Oublier le passé et nous aimer aujourd’hui. Isolés loin d’ailleurs, nous masquerons nos cicatrices à coups de fausses espérances.

Jeudi, j’ai profité du congé de Toussaint pour lire mon premier roman québécois du mois. Un roman que je n’imaginais pas autant de circonstances.

Le récit commence par l’arrivée d’un jeune couple dans la maison qu’il vient d’acheter. Marie et Simon (dont les voix alternent tout au long du roman) sont deux citadins qui ont démissionné et vendu leurs biens pour s’installer dans un village où ils ne connaissent rien ni personne. Très vite, on sent que cette décision est la conséquence d’un événement douloureux qu’ils subissent encore, malgré leur volonté de le surmonter. Au départ, on pense à une musicienne privée de la grâce de jouer de son instrument : lors de l’emménagement, Marie sort de son étui son violoncelle, mais se retrouve incapable d’en jouer. Et on sent que ce n’est pas la première fois que ce geste est tenté en vain. Peu à peu, on comprend que la souffrance dont il est question est bien plus profonde et indicible, et qu’elle touche dans leur chair les deux protagonistes. Et on comprend que s’ils ont tout quitté, c’est réellement pour tenter de construire une nouvelle vie, dans tous les sens du terme.

Autour de Marie et Simon gravitent les rares survivants d’un village qui se meurt. Ces personnages sont tout aussi mystérieux que les deux protagonistes et leur attitude envers les nouveaux arrivants est plutôt ambivalente. Marie et Simon sont à la fois accueillis – Fisher le garagiste leur propose ses services pour de petites réparations, Madeleine la serveuse du bar est souriante et bavarde, etc. – et rejetés : on n’aime pas trop les étrangers et il n’est pas question de les instruire des secrets du village ou de nouer quelque lien que ce soit avec eux. Si ce n’est les Lavoie, les autres étrangers au village qui y possèdent une résidence secondaire ; les Lavoie : une famille pseudo-parfaite, dont Anne(-Bénédicte), la maman, frise l’hystérie en applaudissant tout avec un enthousiasme plutôt débordant et se réjouit de ces nouveaux voisins.

Et puis, il y a l’antenne. Installée quelques années plus tôt dans le village, elle semble cristalliser – à l’instar du « vieux », feu propriétaire de la maison de Marie et Simon – tous les non-dits, les colères, les rancunes et les souffrances profondes des villageois.

Un récit mystérieux qui égrène les indices comme les cailloux du petit Poucet jusqu’à un final fort et surprenant.

Ici, ailleurs, Matthieu Simard, Alto

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