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Quatrième de couverture :

Nobu a fondé en 1981 un juku, établissement de cours privés spécialisé dans la préparation des examens. Six ans plus tard, avec la visite inattendue d’un homme qui réveille le souvenir du suicide de son père, il apprend une tout autre histoire que celle qui a assombri sa jeunesse. Professeur respecté, injustement accusé d’avoir provoqué la mort d’un élève rebelle, le père de Nobu avait vu son destin littéralement pris dans les mailles inextricables d’une rivalité d’étudiants. Mais le drame d’alors prend aujourd’hui une tournure imprévue.

Tonbo est le troisième titre de la deuxième pentalogie d’Aki Shimazaki. Quand je suis allée relire mes billets sur les deux premiers, Mitsuba et Zakuro, je me suis rendu compte que cela datait de 2012 !!! (Ma PAL soupire… et moi aussi.)

Nobu, le personnage principal de Tonbo est apparu dans Mitsuba, où il était employé de la compagnie Goshima. Contraint à la démission, il a fondé un juku, une école privée de cours du soir pour lycéens. Ce cours porte le nom de Tonbo, c’est-à-dire libellule. Cet insecte, c’est aussi le nom d’une ancienne élève de son père qui était lui aussi professeur dans un juku et qui s’est suicidé après un incident avec un étudiant monté en épingle par la presse. Cette étudiante au nom de libellule avait défendu bec et ongles le père de Nobu. Elle s’investissait aussi pour faire vivre les légendes du pays imaginaire du Yamato, une légende fondatrice de l’identité japonaise (un thème récurrent dans cette pentalogie).

J’ai aimé retrouver la délicatesse, la finesse de l’histoire et de la plume d’Aki Shimazaki, c’est une alchimie toujours réussie. J’ai bien aimé aussi le couple solide que forment Nobu et son épouse Haruko : à travers eux on découvre la vie quotidienne d’une famille, d’un prof, d’un juku au Japon, on est donc dans la tradition mais aussi la modernité car Haruko est bien plus libre d’action et de parole que d’autres femmes japonaises, tout comme l’était déjà la mère de Nobu en son temps. Le sensible Nobu, qui va découvrir la véritable histoire du scandale qui a tué son père, perçoit aussi les risques liés à l’explosion (trop) rapide de l’économie japonaise dans les années 80 : un peu comme si la fragilité de la vie familiale se retrouvait aussi métaphoriquement à l’échelle nationale.

« La rivière me fait penser à ma ville natale, Kobe. Près de chez mes parents coulait une grande rivière menant jusqu’a la baie Osaka. L’eau était pure. Je m’y baignais avec mon frère. Au printemps, mon père y allait pour pêcher et cueillir des tsukushi.
Soudain, je sens la douleur m’envahir: devant mon esprit passe l’image de mon père, seul au bord de l’eau. Sa silhouette de dos reste immobile, longtemps, comme s’il était déjà mort. »

« Je désire que mes enfants soient éduqués et instruits au Japon, au moins jusqu’à la fin du lycée. Je ne voudrais pas qu’ils habitent à l’étranger avant de connaître leur propre culture, nos traditions, notre histoire. Ils ne seraient pas Japonais s’ils ne savaient pas nos chansons merveilleuses, ne connaissaient pas notre littérature unique, n’avait pas expérimenté l’opulence de notre nature avec ses quatre saisons bien démarquées. Pour moi, c’est une question d’identité et de racines. »

« Qu’est-ce qui me manquerait alors en pensant au Japon ? A part ma famille et mes amis, ce serait sans aucun doute la nourriture. Les poissons frais, les fruits sucrés et les légumes savoureux. Je m’ennuierais aussi des fleurs de cerisiers, de la lumière du soleil brûlant en été, des feuilles carmin d’érable, du ciel limpide de l’hiver… » (p. 123)

Aki SHIMAZAKI, Tonbo, Actes Sud, 2010

Actes Sud a quarante ans cette année.

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