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Quatrième de couverture :

« An Linh n’existe pas. On ne peut arpenter ses rizières, parcourir ses collines, sentir sa brise à l’aube et se recueillir dans ses cimetières face à l’océan. Rien de ce qui suit n’est réel. La correspondance que vous allez lire aurait pu se tenir il y a deux cents ans. Endormis depuis de longues années, Isey, Thanh et leurs compagnons se réveillent. L’un après l’autre, ils se lèvent pour entrer sur une scène imaginaire encore plongée dans la nuit. Ils s’apprêtent, revêtent des tuniques colorées, soulignent leur regard d’un trait de khôl, prennent une plume et des feuilles de papier pour jouer leur partie. Le paysage s’éclaire : ils vont ouvrir le bal… Puisse le Ciel donner vie à leurs lettres, clarté à leurs voix – et leur accorder la grâce de vous rencontrer. » 

Ainsi commence le nouveau livre d’Hoai Huong Nguyen, un roman épistolaire vibrant où l’amour imprègne chaque page et chaque haïku. Face à l’éloignement et à la mort, la puissance de cet amour – ici pluriel – sera la lumière qui guidera pas à pas les personnages jusqu’à leur renaissance finale. 

De quelle couleur surgira la voile ?

C’est très rare que je lise des romans d’amour et c’est ma chère Hoai Huong Nguyen qui m’a donné l’occasion d’en lire un en m’envoyant en avant-première son troisième roman qui paraît ce 7 février. Merci encore, chère Hoai Huong !

Ce roman épistolaire se déroule dans un Vietnam imaginaire, An Linh, et met en scène un couple formé par Isey et Thanh, qui vient d’être arrêté pour trahison d’Etat. Fervent défenseur d’une république, il est enfermé par le pouvoir monarchique dans la prison du Phare, mis au secret, privé de droit à la défense et très vite condamné à mort. Sa jeune femme Isey, enceinte, trouve le moyen de communiquer avec lui par lettres. Elle reçoit des lettres d’un ami de Thanh, Nam et renoue avec une amie, Mê Lan, le tout pour tenter de faire évader son mari. Si l’évasion réussit, Thanh sera contraint de vivre définitivement en exil, sans plus aucun contact avec sa famille.

Certains, je m’en doute, trouveront peut-être cela mièvre et improbable. Il a suffi, comme dans L’ombre douce et Sous le ciel qui brûle, de quelques pages pour m’immerger dans les mots de Hoai Huong Nguyen, dans les lettres des différents personnages et pour laisser défiler les pages et le suspense : Thanh réussirait-il à s’enfuir ? Il accompagne ses lettres de poèmes dédiés à Isey, permettant ainsi à la romancière de glisser de la poésie dans ses pages (son premier moyen d’expression littéraire). Il n’est pas seulement question d’amour après tout, l’amitié entre Isey et Mê Lan, la fidélité de Nam envers Thanh sont très fortes : c’est bien simple, à lire cette auteure, j’ai l’impression d’avoir l’âme élevée par la force et la délicatesse des sentiments exprimés. Elle n’oublie pas bien sûr la violence de la séparation des amoureux, de l’accusation et de l’emprisonnement de Thanh ni l’ambivalence de certaines situations.

Mais la délicatesse l’emporte, l’importance la richesse des mots : comme dans le poème de Baudelaire, « les sons et les parfums tourbillonnent » d’une page à l’autre, le mythe de Tristan et Yseut, les traditions vietnamiennes comme celle du théâtre sont convoqués au service d’une écriture poétique, épurée. De la dentelle.

Encore merci à Hoai Huong Nguyen et à son éditrice Viviane Hamy.

« (Lettre 66 – de Thanh à Isey) Plus que jamais je crois que les mots nous libèrent : ils ouvrent la voie vers une chose insaisissable. Les murailles n’y peuvent rien : la parole les traverse comme un voile de fumée. Sans tes lettres, je perdrais toute volonté de résister à l’enfermement. Tu ne devines pas combien j’ai eu du mal à brûler la dernière. Mais je n’ai d’autre choix ; aussi, elle s’enflamme sous mes yeux tandis que je t’écris, et n’est déjà plus que cendres. Cependant, les images qui s’y trouvaient inscrites demeurent vivantes en moi : preuve que les mots sont bien plus qu’un peu d’encre sur du papier. Ils me font entendre ta voix : c’est la seule chose qui me relie au monde et à la vie. » (p. 176)

Hoai Huong NGUYEN, Le cri de l’aurore, Viviane Hamy, 2019