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Présentation de l’éditeur :

L’un après l’autre, les morceaux d’un cadavre, découverts par des mariniers, sortent des eaux du canal Saint-Martin, au-dessus de l’écluse des Récollets. Seule la tête demeure introuvable. C’est dans un bistro voisin, sur le quai de Valmy, que Maigret va entreprendre de humer les mystères du quartier.  (…)

C’est un peu le hasard qui conduit Maigret dans ce bistro du quai de Valmy, près du canal Saint-Martin. Une relation particulière se noue entre le commissaire et la tenancière du bar, « la femme Calas », une femme étrange, comme absente à elle-même et à ce qui l’entoure, qui boit en cachette, collectionne les amants et dont le mari est censé être en voyage dans le Poitou pour commander son vin blanc. A force de réponses monosyllabiques aux questions du policier, celui-ci finit par faire le lien avec le corps sans tête : c’est bien Omer Calas. Poussé par un juge tatillon, Maigret va s’employer à trouver le coupable et le mobile, à son rythme., au rythme d’Aline Calas.

Aaaah c’était au temps où l’on pouvait fumer n’importe où sans se gêner, même à l’hôpital, où les policiers en service se rinçaient régulièrement le gosier à coup de vin blanc sans devoir souffler dans le ballon en rentrant au quai des Orfèvres, un temps où le quartier du canal Saint-Martin était encore très populaire, mêlant des Parisiens pur jus et des gens venus de la campagne chercher une vie meilleure dans la capitale : on les reconnaît à leur teint encore coloré, pas encore pâli par le mode de vie parisien. Ce sont tous ces détails pittoresques qui m’ont amusée dans ce court roman, l’évocation d’un Paris disparu,. J’ai bien sûr apprécié le flair, la psychologie tranquille de Maigret :

« Ce n’était pas de l’inquiétude que ressentait le commissaire, mais un intérêt comme il n’avait pas eu depuis longtemps l’occasion d’en porter à un être humain. 

Lorsqu’il était jeune et qu’il rêvait de l’avenir, n’avait-il pas imaginé une profession idéale qui, malheureusement, n’existe pas dans la vie réelle? Il ne l’avait dit à personne, n’avait jamais prononcé les deux mots à voix haute, fût-ce pour lui-même : il aurait voulu être un « raccommodeur de destinées ». 

Curieusement, d’ailleurs, dans sa carrière de policier, il lui était arrivé assez souvent de remettre à leur vraie place des gens que les hasards de la vie avaient aiguillés dans une mauvaise direction. Plus curieusement, au cours des dernières années, une profession était née, qui ressemblait quelque peu à celle qu’il avait imaginée: le psychanalyste, qui s’efforce de révéler à un homme sa vraie personnalité. » (p. 52-53)

Dans ce bistro hors du temps, j’ai observé avec attention l’évolution de cette « rencontre » entre le commissaire et Aline Calas :

« Elle était là, devant lui, en chair et en os, maigre et fanée dans sa robe foncée qui lui pendait sur le corps comme un vieux rideau pend à une fenêtre ; elle était bien réelle, avec, dans ses prunelles sombres, le reflet d’une vie intérieure intense ; et pourtant il y avait en elle quelque chose d’immatériel, d’insaisissable.

Savait-elle qu’elle produisait cette impression-là ? On aurait pu le croire à la façon calme, peut-être ironique, dont, de son côté, elle regardait le commissaire.

De là venait le malaise ressenti tout à l’heure par Lapointe. Il s’agissait moins d’une enquête de la police pour découvrir un coupable que d’une affaire personnelle entre Maigret et cette femme. » (p. 107-108)

Malgré la noirceur des âmes, j’ai passé un bon moment de lecture, une récréation en compagnie du commissaire Maigret, inventé (dans une nouvelle) il y a 90 ans par Georges Simenon. J’en lirai d’autres à l’occasion, peut-être dans la belle collection rééditée par Omnibus en dix tomes, avec des couvertures superbement illustrées par Loustal.

Georges SIMENON, Maigret et le corps sans tête, Le livre de poche, 2017 (première édition : 1955)

RDV Simenon – Maigret

Challenge Petit Bac – Littérature belge – Corps