Londres, 1914. Alors que l’Angleterre vient d’entrer en guerre, le gouvernement fait pression sur les citoyens : ceux qui s’engagent sont élevés au rang de héros, les autres sont des traîtres. John, dix-neuf ans, refuse de s’enrôler, à l’inverse de son meilleur ami Martin, fervent patriote. Bercé par Keats et Thackeray, ce fils de facteur préfère se consacrer à la littérature, loin de la violence du conflit. Mais a-t-on vraiment le choix ?

Fresque d’une période où les notions de courage et de lâcheté paraissent soudain floues, Courrier des tranchées raconte le gouffre entre l’exaltation de la guerre et son effroyable réalité.

 

Martin Bromley et John Patterson ont respectivement 17 et 19 ans lorsque la guerre éclate en 1914. Si Martin rêve de s’engager – et y parviendra, malgré son trop jeune âge et sa petite taille –, John est bien loin de partager son enthousiasme.

Martin est issu d’une famille pauvre et nombreuse. Sa mère élève la plupart du temps ces enfants seule, son mari parcourant le monde en tant que chauffeur-mécanicien sur un cargo. De ses voyages, il rapporte des choses aussi précieuses qu’inutiles pour sa femme :

« Que veux-tu que je fasse de thé de Ceylan ou de papier de Chine ? C’est pas avec ça que je vais nourrir les gosses. » Sur quoi son mari, contrarié par tant d’ingratitude, jetait le cadeau à travers la pièce et le piétinait sous ses yeux avant d’aller chercher un peu plus de compréhension au pub.

Plus d’une fois, j’ai entendu Mme Bromley soupirer : « Je préfère voir revenir Shakespeare [le chien de la maison] plutôt que Richard. » (p. 20)

John, quant à lui, est le fils d’un facteur et d’une jeune fille de bonne famille, qui pour éviter un mariage arrangé s’enfuit à 20 ans avec l’homme qu’elle aimait, l’enfant qu’elle portait déjà et quelques livres piochés dans la bibliothèque paternelle, parmi lesquels : une édition originale de David Copperfield de Dickens, une de La Foire aux vanités de Thackeray, ainsi qu’un tirage limité des lettres de Keats à Fanny Brawne. Le bonheur des tourtereaux fut malheureusement de courte durée, la mère de John ne survivant que peu de temps à la naissance de celui-ci. C’est ainsi que John fut confié aux bons soins de Mme Bromley, celle-ci venant de perdre un nouveau-né.

Nourris du même lait, Martin et John nouent un lien indéfectible. Si la vie les sépare, le lait est plus épais que le sang, et quels que soient leurs désaccords, leurs destins restent liés quoi qu’il arrive.

 

Mon avis

J’en dis volontairement peu sur ce livre, car j’ai aimé le découvrir progressivement, avec lenteur, et j’aurais été très déçue d’en savoir trop avant ma lecture. J’ai fait quelques recherches après l’avoir terminé et je suis malheureusement tombée rapidement sur des comptes-rendus beaucoup trop détaillés, quand l’auteur ne dévoilait pas tout bonnement la fin !

Je dirai donc ce qui m’a touchée sans en dire trop :

  • Le point de vue original: j’ai apprécié découvrir la guerre du point de vue de la population anglaise. J’y ai appris énormément de choses. L’auteur décrit, entre autres, la stigmatisation des hommes qui refusent de s’engager, la propagande exercée auprès de la population…
  • L’amitié entre Martin et John, entre John et William (un étudiant en littérature allemande, refusant également de s’engager), les liens qui unissent tous ces jeunes hommes, engagés ou non, volontaires ou non, pris dans un conflit qui les dépasse.
  • La relation entre Martin et son père, et l’amour de ce père pour sa femme disparue.
  • La place de la littérature et des mots.

 

Et je vous encouragerai vivement à découvrir ce livre d’une densité, d’une intensité, d’une finesse et d’une humanité incroyables ! Un très gros coup de cœur pour moi !

 

Courrier des tranchées, Stefan Brijs, Gallimard, Folio

Flirt flamand 2