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Quatrième de couverture :

Violence, cruauté, trahison : rien ne leur sera épargné. 
Céline est une jeune femme en fuite. Léopold, un vieux monsieur qui ne tient plus à la vie que par habitude. Quant à Josselin, il ne s’agit en fin de compte que d’un idiot qui se croit très malin. 
Le destin de ces trois personnages va se trouver lié de manière inattendue et impitoyable. 
Un dieu malfaisant aurait-il décidé de s’amuser avec leur existence, comme un fou qui jouerait aux dés? 
Malgré leurs défauts, malgré leurs maladresses, Céline, Léopold et Josselin nous touchent comme nous toucheraient des amis, des semblables, des frères. Ce qui leur arrive pourrait tout aussi bien nous arriver. 
Si tous les dieux nous abandonnent, il nous faudra continuer à vivre seuls, pauvres humains.

Dans ce village perdu dans la forêt, on n’est « pas loin de la frontière » : cela pourrait se passer en France ou en Belgique, dans un coin perdu couvert de forêts où les fermes sentent le moisi et où on croise des personnages qui font penser à certains personnages de La trêve ou de Zone blanche : des vieux qui soliloquent et crachent leurs poumons, des gens tout confits dans leurs haines larvées mais qui continuent à vivre ensemble parce qu’ils n’imaginent même pas qu’il existe autre chose, des superstitieux, des idiots de village, des prostituées dans des caravanes, des gens qui s’épient et se gargarisent du moindre ragot. On est à la frontière, oui, entre folie et normalité. En plein hiver débarque là une jeune femme en fuite, Céline, qui va donc croiser la route du vieux Léopold, veuf, et de Josselin, qui s’allume rien qu’en posant les yeux sur une femme.

Au fil de chapitres courts, rythmés, où nos trois personnages prennent tour à tour la parole, Céline, Léopold et Josselin vont être entraînés dans une aventure serrée aux airs de road movie, où tous les détails ont leur importance : leurs secrets, leurs désirs, leurs instincts vont peu à peu se révéler jusqu’à un final un poil frustrant à mon goût mais haletant.

L’humour est corrosif, l’écriture est plaisante, visuelle, adaptée à chaque personnage, elle participe du côté addictif de ce roman qu’on ne lâche pas, dès l’ouverture, sauf pour respirer un peu de temps en temps car c’est noir. Très noir.

« Il faudrait rester au creux du nid, dans sa chaleur sèche et un peu moisie. Il faudrait ne jamais aller voir ailleurs, mais je ressens de temps à autre l’envie de me frotter à d’autres peaux que la mienne. C’est ainsi que ça se met en place, la plupart du temps. Le moment où je m’en aperçois, quand je sens dans le bas de mon ventre le tressaillement qui déplace mes entrailles, à ce moment-là, il est déjà trop tard. Plus moyen d’empêcher le reste de suivre. À se demander si ce n’est pas un vilain diable qui m’a joué ce tour. Ou bien un ange du bon Dieu acharné à ma perte. »

« À part ça, l’hôpital le plus proche, tu sais comment je peux y arriver ?
— Peut-être, a fait le gamin avec un haussement d’épaules. Mais ça ne servira à rien.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
— On ne peut pas échapper à la voie qui nous est donnée.
— Je te remercie pour cette bonne parole. Tu as l’habitude d’aider les gens de cette manière ? Tu trouves ça bien ? »
Il a retiré le bec verseur du réservoir, qu’il a ensuite refermé soigneusement. Et très lentement. J’avais juste envie de l’empoigner pour le secouer comme un prunier.
« Je sais bien que ça vous paraît étrange, madame, a-t-il ajouté. Mais ce que j’essaie de vous faire comprendre, c’est que le Seigneur Jésus veille à tout, et qu’il n’est pas nécessaire de s’agiter. »

Patrick DELPERDANGE, Si tous les dieux nous abandonnent, Série noire, Gallimard, 2016

RDV Patrick Delperdange

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