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Quatrième de couverture :

Suite à une blessure à l’œil, une femme sans enfant est emmenée d’urgence à l’hôpital, les yeux bandés. Dans le lit à côté du sien gît une femme silencieuse, à qui personne ne rend visite.
Confrontée au silence de l’autre, la nouvelle arrivée se résout à dialoguer avec elle-même, renouant ainsi avec la solitude existentielle dont elle souffre et jouit à la fois.
Mais sa compagne de chambre entre soudain en logorrhée comme si elle éprouvait le besoin de se raconter sa vie…

C’est le dernier petit livre qu’il me restait à lire de Michelle Fourez dans la collection Lucioles de Luce Wilquin. Pas de mois belge sans éditions Luce Wlquin qui malheureusement a dû cesser ses activités en 2018 sans trouver de repreneur.

Ce sont encore une fois des femmes qui sont à l’honneur dans Seules, l’une en mal d’enfant, l’autre qui a eu un fils, a été très vite abandonnée par son mari et a consacré sa vie à ce fils, Alexandre. C’est elle qui raconte son histoire de femme et de mère. Très vite on se retrouve dans l’univers familier de Michelle Fourez : une vie à la campagne, avec des racines solides et une ouverture sur le monde, de la noblesse d’âme, des sentiments profonds entre les personnages, une mère et son fils qui vivent une relation très forte, presque fusionnelle. La mère laissera Alexandre prendre son envol quand il devient adulte mais on sent bien que, dans sa volonté de discrétion et de respect du jeune homme, elle a comme perdu une aile.

J’ai eu l’impression, malgré tous ces éléments connus et « confortables », que Michelle Fourez voulait évoquer beaucoup de choses dans ce court roman (90 pages) : deux narratrices, le goût des voyages, la relation mère-fils, l’amour des livres, le lien à la nature, et cela disperse un peu le fil principal. La fin m’a paru un peu artificielle. Ce ne sera pas mon préféré de l’auteure même si ma lecture était agréable.

« L’un des plus beaux voyages que nous ayons faits ensemble, c’est à Bruxelles. Bruxelles, résumé du monde. Comme d’autres grandes villes, mais Bruxelles est petite, en quelques heures on la traverse à pied de part en part. Dans le métro, on parle autour de nous français, flamand, arabe, espagnol, polonais. Des femmes voilées de noir jusqu’aux pieds en côtoient d’autres, marocaines comme elles, en jupes courtes, à la longue chevelure bouclée, aux bras bruns où brillent des bijoux en or. D’autres encore, opulentes, venues du Sénégal, avec leur foulard coloré, leurs yeux de cuivre. Elles sont debout dans le métro. Alexandre me regarde, me demande. On n’a pas voyagé encore en Afrique, à ce moment-là, il ne sait pas. « 

« Don Quichotte n’existe pas, Maman.
Je me suis sentie pâlir : c’était vrai, don Quichotte était né seulement de la force des mots, et moi je l’avais oublié, ou bien je ne l’avais jamais su. Alexandre avait compris, lui, pour Excalibur, pour le roi Arthur, pour Lancelot du Lac, qu’ils existaient seulement par la force des mots. 
Pour moi, quelle blessure, don Quichotte n’existait donc pas, le ciel s’était assombri tout à coup, la pluie menaçait le feu. Mon enfant me ramenait à la raison. 
Il faut que nous rentrions, Alexandre, et je te lirai l’histoire d’un autre qui n’existe pas, c’est sûr, mais le temps de l’histoire, tu y croiras comme moi, tu auras peur, tu voudras savoir, et nous aurons huit ans tous les deux. Sa Majesté des Mouches. 
Et nous avons pleuré quand le capitaine est arrivé sur l’île, enfin. »

Michelle FOUREZ, Seules, collection Lucioles, Editions Luce Wilquin, 2010