Étiquettes

,

Quatrième de couverture :

A la fin de son pontificat, Jean-Paul II, très actif dans ce domaine, a eu l’heureuse idée de canoniser sœur Freya, une religieuse belge, connue pour son inlassable dévouement à la cause des plus défavorisés. Cette distinction a ravi tous les Belges, et sainte Freya est devenue une gloire nationale. La stupéfaction de Mgr Van Camp est donc totale quand il reçoit un e-mail accusateur, au titre sans ambiguïté :  » Freya était une salope.  » Le corbeau se fait fort de révéler la vie secrète de la religieuse à la presse. La menace est terrifiante. Une erreur de canonisation impliquerait la ruine de l’infaillibilité pontificale, socle sur lequel reposent les dogmes de la foi. Il faut par tous les moyens faire taire le corbeau, dont les revendications théologiques sont totalement inacceptables. Mais on peut toujours faire confiance aux ressources inépuisables de l’Eglise catholique… 

Quand j’ai commencé ce roman qui date de 2007, j’ai d’abord eu beaucoup de plaisir : voilà qu’Armel Job s’attaquait au sujet de la sainteté, de l’Eglise, avec une contestation pour le moins rocambolesque de la canonisation toute fraîche de Freya Deliège. Mais au fil de l’enquête que mène un prêtre de l’Opus Dei et son « surnuméraire » (son « mendaïï » on peut le dire – mais qui poussera l’enquête bien plus loin que prévu), des questions sérieuses sont abordées : le poids de l’institution, la frontière entre le bien et le mal – et surtout qui décide de cette frontière -, la définition de la sainteté, l’amour. Tout cela à travers un beau personnage de femme, complexe, Freya, dont on découvre la vraie histoire par rapport aux accusations du corbeau. Une femme libre, bonne, aimante, qui peut-être ne correspond pas, en effet, aux critères de la sainteté selon l’Eglise.

Armel Job situe son roman à Liège, sans nommer la ville (mais avec ce clin d’oeil du patronyme de Freya…) On sent qu’il s’est bien documenté, qu’il connaît bien ce dont il parle et sa critique ironique de certains aspects de l’institution Eglise (à travers l’Opus Dei notamment et les dernières années du pontificat de Jean-Paul II) est subtile. Il est assez intelligent pour faire deviner entre les lignes une autre vision possible des choses. Et le plaisir de lecture est comme toujours renforcé par l’élégance de son écriture.

« Si Freya comprenait si bien les centaines d’hommes et de femmes qu’elle a aidés à vivre, c’est qu’elle avait connu elle aussi leurs chemins de traverse. Dieu l’avait aimée ainsi. Ainsi Il l’avait faite sainte. Il a, semblerait-il, un faible pour les pécheurs. Ce n’est pas Lui qui empêcherait que ses saints exaucent les égarés, de préférence même aux modèles de vertu. La justice distributive, Il la laisse aux gardiens du temple, aux propagateurs de la foi, à certaine Prélature qui n’a d’autre souci que le bon ordre des troupes célestes, la rectitude des anges, l’impeccabilité de l’uniforme de gloire. » (p. 153)

« Vous ne vous imaginez tout de même pas que Freya était du côté des gens respectables comme ceux qui vous envoient offrir en gants blancs leur pardon aseptisé. Freya a toujours eu un faible pour les pécheurs, comme vous dites, c’est-à-dire, en fait, les vivants qui font ce qu’ils peuvent avec le bien et le mal.. Comme vous et moi. » (p. 231)

Armel JOB, Les mystères de sainte Freya, Robert Laffont, 2007

Challenge Voisins Voisines 2019 – Belgique

Challenge Petit Bac – Littérature belge Prénom