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Quatrième de couverture :

« Une nuit, ton fils s’est tué dans sa chambre, au premier étage de votre maison. Au matin à huit heures, avec son père tu l’as trouvé.
Depuis, à voix basse, tu lui parles. Tu lui demandes s’il se souvient.
La mer étale à huit heures du soir, les talus hérissés d’iris, les pierres de la cour tièdes sous la peau du pied, les filles dont les yeux sourient, toutes les choses belles et la lande silencieuse.
Tu espères tant qu’il est parti gonflé d’elles. Mais comme tu n’es pas sûre qu’en aide, en ailes, ces choses lui soient venues cette nuit-là, tu les lui donnes par la pensée, la respiration, le murmure. »

Avec une sensibilité vibrante, lumineuse et poétique, Angélique Villeneuve dit l’après : comment exister sans celui dont on respecte silencieusement le choix d’être parti ? Quelle place trouver parmi les vivants et comment leur dire, à travers ce livre, toute la beauté du monde ?

Avec le recul, cette lecture – au titre forcément de saison – m’a semblé une suite logique à celle de Signé Poète X o une jeune fille à l’adolescence difficile trouve la liberté et l’exutoire dans l’écriture poétique et dans le slam.

Dans Nuit de septembre, Angélique Villeneuve raconte la vie dans les mois qui ont suivi le suicide de son fils. Elle s’adresse à elle-même à la deuxième personne et tente de mettre des mots sur l’indicible, sur l’incompréhensible. Les arbres, des objets gardés religieusement, le vieux chat de la maison, la routine du quotidien lui apportent des sensations, des gestes, des émotions qui n’ont pas besoin de mots pour vivre quand même, malgré l’absence. Mais bien sûr, les mots ne sauraient combler à eux seuls ce trou béant qui s’est niché chez elle à hauteur de la hanche.

Ce texte est beau dans sa simplicité, sa poésie est émouvante, je n’en dirai pas beaucoup plus. J’admire Angélique Villeneuve d’avoir osé accoucher – si je puis m’exprimer ainsi – de cette évocation de papier pur affronter ce deuil innommable. Certains diront que cette démarche doit rester strictement intime, mais les lecteurs savent bien le pouvoir de l’écriture (et de la lecture). Quant à moi, je n’ai jamais vécu cette forme de deuil mais certaines pages de l’auteure ont mis des mots sur d’autres deuils, ils m’ont touchée et j’imagine que d’autres se sont reconnu(e)s dans ce livre. Rien que pour cela, il vaut la peine d’avoir été écrit et publié.

« Depuis le tout début, depuis le jeudi de sa mort, d’invraisemblables questions toupillent dans ta tête.
Tu as deux filles vivantes, merveilleuses, mais combien tu as d’enfants, tu l’ignores.
Lorsqu’un enfant meurt, est-on toujours sa mère, est-ce qu’un enfant perd sa mère en même temps que la vie ?
Est-ce qu’un fils, tu en as encore un ? »

« Depuis, à voix basse, tu lui parles. Tu lui demandes s’il se souvient.
La mer étale à huit heures du soir, les talus hérissés d’iris, les pierres de la cour tièdes sous la peau du pied, les filles dont les yeux sourient, toutes les choses belles et la lande silencieuse.
Tu espères tant qu’il est parti gonflé d’elles. Mais comme tu n’es pas sûre qu’en aide, en ailes, ces choses lui soient venues cette nuit-là, tu les lui donnes par la pensée, la respiration, le murmure. »

Angélique VILLENEUVE, Nuit de septembre, Grasset, 2016