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Quatrième de couverture :

Un matin de février, deux corps mutilés sont découverts à Bruxelles : celui d’un SDF dans un parking, puis celui d’un nanti dans son appartement. La commissaire Natacha Barthel arrive sur les lieux. À ses côtés, une journaliste autorisée à couvrir les deux enquêtes. Ça sonne comme un polar. Sauf que tout est vrai ! Anne-Cécile Huwart livre le récit de cinq années de reportage sur les pas de la Crim’.

Anne-Cécile Huwart est journaliste indépendante. Elle a travaillé et travaille pour différents médias dont Le Soir, Moustique, Le Vif l’Express ou encore Médor, sur des enquêtes et des reportages au long cours. Elle a été finaliste du prix Belfius 2019. Mourir la nuit est son premier livre. À la croisée du journalisme et du policier, son récit se situe dans un genre peu exploré en Belgique : la littérature du réel.

Il y a exactement six ans, le lundi 3 février 2014, Anne-Cécile Huwart a été appelée par la Crim’ de Bruxelles pour enfin commencer le reportage de longue durée pour lequel elle venait de passer plusieurs semaines à se faire accréditer et accepter par les équipes d’enquêteurs, pas toujours d’accord avec sa présence. Elle qui voulait suivre une affaire criminelle de l’enquête au procès a été « gâtée » : le même jour, deux corps ont été retrouvés et les deux affaires ont été menées par deux équipes que la journaliste a pu suivre. Les victimes ? Deux hommes que tout opposait : Marek Adamski (pseudo) est un SDF d’origine polonaise retrouvé sur une passerelle pas loin de la gare du Nord, le corps défoncé à coups de pieds par trois autres sans-abri polonais, sous influence de l’alcool et de drogues. Jephté Vanderhoeven est un assistant social retrouvé dans son appartement d’Uccle (une des communes huppées de la région de Bruxelles), le corps torturé et poignardé sans doute pour faciliter le vol. L’homme était homosexuel.

Loin de la rapidité des séries télé, Anne-Cécile Huwart suit les enquêtes minutieuses et précises des deux équipes sous la direction de la commissaire Natacha Barthel pour le meurtre de Jephté et du commissaire Marc Allemeersch pour celui de Marek. Bien que tellement différentes sur le plan social, les deux victimes ont droit à la même opiniâtreté, au même professionnalisme de la part de la police bruxelloise. Recherche d’identité, enquête de voisinage, audition des témoins, de l’entourage des victimes et des assassins présumés, Anne-Cécle Huwart peut tout suivre et la commissaire Barthel prend le temps de lui expliquer les procédures, les méthodes techniques et scientifiques mais aussi les intuitions bien nécessaires pour résoudre les enquêtes.

Etant donné que l’auteure ne fait « que » raconter des faits, le lecteur peut se faire son idée grâce aux différents points de vue rapportés. On se croirait parfois dans l’émission Strip-tease (et j’ai aussi pensé au documentaire Ni juge ni soumise), avec la mise au jour de la personnalité d’une des victimes et le compte-rendu par son meurtrier de ses relations sexuelles avec une femme qui l’a « envoûté ». Les procès en Cour d’assise sont l’occasion de peser le poids des actes et des peines à infliger à leurs auteurs.

Ce récit documentaire permet aussi de se faire une idée concrète – si c’était encore nécessaire – de la pauvreté des moyens alloués à la Police et à la Justice en Belgique.

Anne-Cécile HUWART, Mourir la nuit, Onllit éditions, 2019

Le hasard a fait que, quelques jours après la fin de ma lecture, deux suspects ont été arrêtés et inculpés de quatre meurtres de SDF à Bruxelles et à La Hulpe (en Brabant wallon).