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Quatrième de couverture :

En février 1937, alors qu’une nouvelle vague de terreur fait disparaître sous la torture des millions de personnes, le pouvoir soviétique célèbre le centenaire de la mort de Pouchkine. “Notre Pouchkine”, “Pouchkine le révolté”, “Pouchkine le révolutionnaire”, tels sont les titres des journaux qui se partagent la une avec les annonces des grands procès. Dans le même temps, en France, toute l’émigration russe se réunit et fête aussi Pouchkine, mais un autre Pouchkine, celui de la Russie orthodoxe, la Russie dite éternelle.

Face au “nous” soviétique et au “nous” orthodoxe, seule, Marina Tsvetaïeva dit “je”. Son essai est l’un des plus grands textes jamais écrits sur l’enfance et la littérature. Cette tentative désespérée de rendre du vivant à la vie devait sceller son isolement et son destin tragique.

Dans la foulée de ma lecture de Songe à la douceur et Eugène Onéguine, j’ai sorti de ma PAL ce récit de Marina Tsvetaïeva, dont la vie de femme et de poétesse a été imprégnée dès la petite enfance par Alexandre Pouchkine. Toute petite déjà, ses journées étaient rythmées par les promenades et les jeux à la Statue-Pouchkine, non loin de chez elle à Moscou. Le poète était présent dans la maison familiale, dans la chambre de sa mère, avec le tableau Le Duel d’Aleandre Pouchkine avec Georges d’Anthès de Naumov (photo de couverture) et a inscrit une poésie viscérale chez la petite fille. L’apprentissage de la lecture, la découverte de la mer (liée à la maladie de sa mère) sont intimement liées aux oeuvres de l’écrivain mort en 1837. 

Marina Tsvetaïeva a découvert Eugène Onéguine à l’âge de six ans. Six ans ! Et elle tombe amoureuse pas seulement d’Eugène mais du couple Eugène et Tatiana :

« Pas d’Onéguine, maman, mais d’Onéguine et Tatiana (et plus de Tatana peut-être), des deu ensemble – de l’amour. Jamais plus tard, je n’ai écrit un de mes textes sans être amoureuse des deux ensemble (d’elle – un peu plus), et pas des deux, mais de leur amour. De l’amour. (…)

Ma première scène d’amour détermina toutes les autres, cette passion pour l’amour malheureux, impossible – à sens unique. Dès cet instant, j’ai refusé toute idée de bonheur – et je me suis vouée au non-amour.

C’était ça, l’essentiel – et elle, elle l’a aimé ainsi – rien que pour ça, et lui entre tous, lui et pas un autre, parce qu’elle savait, au plus profond, qu’il ne pouvait répondre à son amour. (Cela, je le dis aujourd’hui, mais à six ans je le savais déjà. Aujourd’hui, j’ai appris à le dire.) Ceux qui possèdent le don fatal de l’amour malheureux – l’amour sans la réponse, l’amour pris pour soi seul – ont le génie des dissemblances.

Pas que cela – Eugène Onéguine détermina bien autre chose. Si pendant toute ma vie, jusqu’à aujourd’hui même, j’ai toujours écrit – la première, toujours )- tendu la main – au diable tous les juges – la première, c’est qu’à l’aube de mes jours, Tatiana dans son livre, à la lumière de sa chandlle, la natte détressée sur la poitrine, l’avait, sous mes yeux – fait.

Plus tard, quand ils partaient (ils sont toujours partis), je n’ai jamais tendu les mains, je ne me suis jamais retournée : c’est que dans le jardin, alors, Tatiana étaitrestée fiée. Statue.

Leçon de courage. Leçon de fierté. Leçon de fidélité. Leçon de destin. – Leçon de solitude. » (p. 42-43)

« Oui, jeunes filles, avouez – les premières, et puis, écoutez les sermons, puis épousez des médaillés couverts de gloire, puis écoutez les confessions, et puis refusez-les – vous serez mille fois plus heureuses que l’autre héroïne, celle qui, ses désirs exaucés, n’a d’autre solution que de se coucher sur les rails. » (p. 44)

Le récit est complété par quelques poèmes de Pouchkine traduits en français par Marina Tsvetaïeva.

Marina TSVETAIEVA, Mon Pouchkine, traduit du russe par André Markowicz, Babel, 2012 (Actes Sud, 2012)

Les avis de Marilyne (qui m’a fait connaître ce petit ouvrage de 108 pages) et de Tania