Après avoir planté là les Hollandaises et leur pique-nique [note de la coloc; : référence à un billet à paraître mardi], je suis partie A la recherche de Marie avec Madeleine Bourdouxhe. Cette auteure belge, née en 1906 et décédée en 2006, a notamment écrit La Femme de Gilles qui fut adapté au cinéma il y a quelque années. Je ne l’avais, pour ma part, jamais lue et c’est avec un grand plaisir que j’ai découvert son écriture sans fioriture, claire et sensible.

Initialement publié en 1943, ce roman fut réédité en 1989 sous le titre Wagram 17-2. Marie attend Marie, avant de reparaître en 2009 chez Actes Sud (l’édition que j’ai lue). En réalité, les deux titres de ce livre lui correspondent bien, évoquant d’une certaine manière l’évolution du personnage principal.

Jeune femme rangée, mariée à Jean qui la traite comme une enfant – mon petit par ci, mon petit par là, Dieu que c’est agaçant – et dont elle s’occupe comme le ferait une mère, Marie est douce, effacée, prévisible, heureuse semble-t-il : Marie s’attend elle-même. Le roman s’ouvre sur une scène de plage : Marie et Jean sont en vacances au bord de la mer. Jean part se baigner, Marie reste sur le sable. Et c’est là qu’un événement a priori insignifiant va bousculer sa vie :

Elle l’aperçoit de dos, il paraît très jeune. A demi caché par d’autres rochers, il s’apprête pour le bain. Ses cheveux sont noirs, un peu flous, ses épaules sont maigres, mais semblent fermes et nerveuses. Maintenant, il marche sur les pierres, tête baissée, saute, remonte un peu sur le sable dans la direction de Marie. Il relève la tête, et le regard de Marie rencontre le regard de ces autres yeux. C’est elle qui la première bat des paupières et détourne la tête (pp. 11-12)

 Rentrée à Paris, Marie retrouve ses habitudes et s’interroge :

 Comme tout semble étrange… Est-ce que les choses ont changé ? Non. Les meubles, les objets ont ce même aspect familier et précieux, ce même halo que leur confère le cœur, et l’amour de Marie est identique à ce qu’il a toujours été. Les choses et les sentiments n’ont pas changé. Mais ils ont été confrontés. (p.33)

 Même si elle tente de s’en défendre au départ, Marie bifurque de sa voie bien tracée et part progressivement à sa propre recherche, en s’éveillant à son corps de femme et à son désir. Alors qu’elle semblait eau dormante, Marie révèle un feu intérieur, qui transparaît dans ses boucles rousses qu’elle promène sans chapeau, son sourire qu’elle offre au tout venant, ses audaces, son bonheur d’être seule avec elle-même lorsque Jean s’absente, disponible à l’inattendu. A la vie, en somme, comme elle le formulera magnifiquement : A toi d’aimer, à toi de vivre. Exiger de la vie, c’est-à-dire exiger de soi-même. (p.152)

Ce court roman à la fois pudique et sensuel est une merveille de notre littérature que je vous invite vivement à découvrir !

A la recherche de Marie, Madeleine Bourdouxhe, Actes Sud.