Tout commence entre Paul et Ava un soir d’automne à la fin des années ’90 lors de la projection d’un film d’art et essai. Une bourde de Paul dont Ava ne lui tiendra pas rigueur, suivie d’une nouvelle rencontre dans le même ciné-club une semaine plus tard. Paul a 27 ans, Ava 29.

Leur amitié se construit sur leur goût partagé pour le cinéma et la littérature, ainsi que sur les cendres encore fumantes de leurs ruptures amoureuses : Paul est en instance de divorce (un premier amour d’adolescent n’ayant pas survécu à l’entrée dans l’âge adulte) ; Ava sort d’une passion dont elle n’a pas supporté l’essoufflement au bout de cinq années de vie commune. Mais Paul et Ava, c’est aussi le grand écart : il est prof d’anglais et de néerlandais ; Ava est médecin du travail aux Chemins de fer. Il aime son confort, mène une vie plutôt prévisible, voire carrément plan-plan, vieux avant l’heure (j’ai dû plusieurs fois me rappeler qu’il avait 27 ans!), rêve à une relation amoureuse et intime plus qu’il n’est capable d’en vivre une – toujours rebuté par l’un ou l’autre détail insignifiant et un tantinet rigide, voire froid, dans la manière dont il vit, ou du moins décrit, ses expériences. Elle est fougueuse, impulsive dans tous les domaines, et recherche à tout prix la passion amoureuse, refusant de la voir inéluctablement disparaître. Ces tempéraments différents aboutissent à la même conclusion : aucun des deux ne parvient à s’engager réellement.

C’est cette amitié aussi soudaine qu’intense, et leur parcours amoureux chaotique que nous suivons durant quelques mois : Paul jouant le rôle de pilier inébranlable dans la vie d’Ava ; Ava apportant à Paul de la vivacité et de l’inattendu dans son quotidien insipide.

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C’est avec curiosité et appréhension que j’ai commencé cette lecture : j’ai tellement aimé Courrier des tranchées du même auteur que je redoutais d’être déçue. Une chose était claire : je devais absolument mettre de côté Courrier des tranchées afin de laisser toute sa chance à ce roman. Une autre chose est certaine : L’Année du chien ne vaut pas Courrier des tranchées (c’est la troisième fois que je cite ce titre en un paragraphe, j’espère que vous avez tous compris qu’il faudra vous jeter dessus et vous plonger dedans dès que possible ! *attendez la réouverture des librairies indépendantes, s’il vous plaît !*).

Bref ! L’Année du chien. Si on excepte une couverture assez nulle (ce n’est que mon avis, mais c’est dommage : Courrier des tranchées, j’avais eu envie d’y entrer grâce à la couverture… Quatrième citation, vous avez bien noté, cette fois ?), je suis rentrée assez vite dans le roman et j’ai pris plaisir à retrouver Paul et Ava pendant quelques soirs. Paul, agaçant et sympathique, mais qu’on a sacrément envie de secouer (enfin, que j’avais sacrément envie de secouer) ; Ava, stimulante et touchante, dont on sent à la fois les failles et la lutte permanente (et souvent vaine) pour ne pas retomber dans ses travers. J’ai apprécié ma lecture jusqu’à l’arrivée de Bénédicte (environ aux deux tiers). Bénédicte, c’est une « conquête » de Paul. J’ai trouvé cette partie très artificielle et peu crédible. Cela dit, j’ai à chaque fois trouvé ses « conquêtes » artificielles et peu crédibles (artificielles, elles le sont par la force des choses). Peu crédibles… ? Je n’arrive pas à déterminer si ce sentiment vient du fait qu’elles ne le sont vraiment pas (ce qui serait ennuyeux) ou s’il émane de la manière dont Paul les décrit, de manière très froide, presque sans affect. Là où les rencontres d’Ava peuvent paraître tout aussi improbables, mais il y a une forme de fantaisie et d’érotisme dans la manière dont celles-ci sont évoquées ou suggérées qui les rend plus plausibles. Paul est emprunté, donc rien ne semble naturel dans ses descriptions ; Ava est spontanée, si bien que tout semble possible la concernant. Dans ce cas, ce serait finalement assez bien réussi !

Du coup, je suis ennuyée parce que je ne parviens pas à déterminer réellement si j’ai aimé ou non ce livre (oui, ça me démange de citer une cinquième fois Courrier des tranchée… ben voilà, c’est fait…). Sans doute devrai-je le laisser décanter et tenter de me détacher de son prédécesseur qui fait encore vibrer mon coeur*.

*Entre les deux, il y a eu Taxi Curaçao, mais j’avais fait l’impasse par peur de la comparaison.

L’Année du chien, Stefan Brijs, Héloïse d’Ormesson