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Quatrième de couverture :

Joan Scudamore, l’héroïne de ce récit, est une femme parfaite et consciente de l’être. Jusqu’au jour où, désoeuvrée, obligée d’attendre en plein désert le train qui la ramènera dans son douillet nid anglais, elle commence à remuer des souvenirs, à évoquer son mari, ses trois enfants… Détective lancée sur la piste de sa propre vie passée, elle rassemble, petit à petit, toutes les pièces du puzzle : une parole, un geste de l’un de ses proches, et un portrait se dessine, inattendu, horrible – le sien…

Joan Scudamore, une bourgeoise anglaise mariée à un avoué et mère de trois enfants bien établis dans la vie, rentre de Bagdad où elle a volé au secours de sa benjamine Barbara, souffrante. Sur le chemin du retour, très satisfaite d’elle-même et de ses qualités de maîtresse de maison et de mère impeccable, elle croise une vieille amie de pensionnat qui a mené une vie bien en dehors des rails tout tracés de Joan. Les remarques de Blanche nous mettent déjà la puce à l’oreille sur le caractère et le chemin de vie de la parfaite mère de famille. Joan reprend sa route mais à cause des pluies, elle est coincée pendant quelques jours dans une auberge minable en plein désert à attendre l’arrivée du train qui la ramènera enfin en Europe. Elle tombe vite à court d’occupations et est seule face à ses pensées, ses souvenirs, qui surgissent par exemple en se récitant des vers de Shakespeare (d’où est extrait le titre du roman). L’introspection est assez violente finalement et Joan comprend combien ses œillères de petite bourgeoise l’ont leurrée sur les êtres qui comptent le plus au monde pour elle.

Enfin je découvre l’un des romans « non polars » qu’a écrits Agatha Christie sous le pseudonyme de Mary Westmacott. Il y a quand même quelques points communs avec ses romans à énigme. D’abord, le désert et Bagdad rappellent qu’Agatha Christie connaissait bien ce lieu de vie pour y avoir accompagné Max Mallowan, son mari archéologue dans ses campagnes de fouilles (c’est aussi le lieu d’une enquête d’Hercule Poirot, Meurtre en Mésopotamie). Ensuite, l’enquête minutieuse sur elle-même que mène l’héroïne, le portrait sans complaisance qui se dessine de Joan Scudamore n’est pas sans rappeler les fins portraits psychologiques que dresse l’autrice dans ses romans policiers. Mais ce ne sont pas ces liens que je dresse entre les différentes oeuvres de Mrs Christie qui enlèvent de la valeur à ses romans sous pseudo.

Ce qui est aussi très intéressant, c’est de voir ce que Joan Scudamore fera de toutes ces révélations, de tout ce qu’elle a compris et qui la jette d’abord dans une profonde crise d’humilité. Que fera-t-elle une fois rentrée au foyer, auprès de son cher Rodney ? Je ne vous le révélerai pas, évidemment… J’ai apprécié ce roman, so british et ce portrait de femme sans concession mais plein de nuances.

Mary WESTMACOTT (Agatha CHRISTIE), Loin de vous ce printemps, traduit de l’anglais par H. De Sarbois, Le Livre de poche, 2007