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Voici quelques avis très courts pour garder une trace de mes lectures de juillet 2020.

Hambourg, 1946. La ville est en ruines et la nation brisée. Si la guerre est terminée, la vie, elle peine à reprendre ses droits. Des ombres fantomatiques errent parmi les décombres à la recherche de nourriture, d’un proche, d’un espoir. Lewis Morgan, colonel de l’armée britannique, est chargé de superviser les opérations de reconstruction du territoire et de dénazification de la population. Il s’installe dans une somptueuse villa réquisitionnée à son intention avec son épouse et leur dernier fils encore en vie.   Touché par leur situation, le colonel propose aux propriétaires des lieux, un architecte allemand éploré par la mort de sa femme et sa fille adolescente, de rester. Les deux familles partagent alors le même toit, se croisent, se frôlent, mais comment supporter pareille situation quand une haine viscérale continue d’opposer les deux peuples ? Dans cette ambiance oppressante, inimitiés et hostilités vont laisser place à des sentiments plus dangereux encore… 

Magnifique roman inspiré de la vraie histoire du grand-père de Rhidian Brook, engagé dans la dénazification et la reconstruction de l’Allemagne après la seconde guerre mondiale. A Hambourg, le colonel Lewis Morgan décidé de partager la maison réquisitionnée pour sa famille avec ses occupants allemands, un architecte et sa fille. Morgan a perdu un fils pendant la guerre, victime d’une dernière bombe larguée par un bombardier allemand dans son vol de retour, la femme de l’architecte est portée disparue. Les retrouvailles entre le héros de guerre, sa femme et son cadet sont délicates… Dans la maison de l’autre, les sentiments sont forts, ambivalents. Les personnages sont dessinés avec finesse, le contexte historique est troublant et pathétique à la fois : comme les certificats de « blanchissement » qu’attendent les Allemands pour reprendre une vie normale, personne n’est ni tout noir ni tout blanc. Lewis Morgan est attachant et inoubliable, même s’il paraît « absent ». Symboliquement saisie sur une saison, l’hiver 1946 et le début du printemps, c’est une belle histoire de courage, de deuil et de résilience. J’ai beaucoup aimé !

Rhidian BROOK, Dans la maison de l’autre, traduit de l’anglais par Gabrielle Merchez et Frédérique Daber, 1à/18, 2015

« D’où provenait la fascination qu’exercait Olive Martin ? Du spectacle grotesque de son mètre cinquante-cinq pour quelque cent vingt kilos ? De la répulsion qu’elle inspirait ? Elle avait débité sa mère et sa sœur en morceaux qu’elle avait rassemblés sur le sol de la cuisine en une composition abstraite sanguinolente. Le crime mis à part, ce qui rendait son cas exceptionnel, c’est qu’elle avait plaidé coupable et même refusé de se défendre. »

Dès sa première rencontre avec Olive Martin, Rosalind Leigh, qui a accepté d’écrire un livre sur elle, a le sentiment que la meurtrière obèse n’est pas coupable. Mais alors pourquoi ces aveux ?

Rosalind Leigh accepte à contrecœur d’écrire un livre sur une affaire retentissante : celle du meurtre de sa mère et de sa sœur par Olive Martin, une fille énorme qui fait peur à tout le monde dans sa prison et qui a tout avoué de comment elle a égorgé et découpé les corps. Dès sa première rencontre avec Olive, Roz comprend que ces aveux ne correspondent pas à la réalité. Elle-même profondément déprimée (on comprend pourquoi bien plus tard) démêle petit à petit tous les fils de l’affaire, aidée par un ancien flic reconverti en patron de restaurant bizarrement vide.
Roz reprend vie grâce à cette enquête qui révèle des négligences et des lâchetés coupables envers une jeune femme qui ne demandait sans doute qu’à aimer et à être aimée. Retrouvailles avec la romancière Minette Walters : on ne s’ennuie pas une seconde, les dialogues sont acérés (surtout entre Roz et l’ex-sergent Hawksley) et l’autrice laisse planer le doute jusqu’à la dernière page…

Minette WALTERS, Cuisine sanglante, traduit de l’anglais par Philippe Bonnet, Pocket, 2007

Parce qu’il a été témoin d’un violent accrochage entre deux automobilistes, Jackson Brodie, dont nous avons fait connaissance dans La Souris Bleue, va se trouver propulsé dans une série d’aventures incroyables. Les choses s’arrangent… est un thriller, une comédie noire et une satire de la vie contemporaine britannique.
Kate Atkinson y brocarde, entre autres, le théâtre d’avant-garde, une certaine littérature populaire, les promoteurs immobiliers, les nouveaux riches, etc., avec l’humour corrosif qu’on lui connaît.

Dans ce roman de 450 pages, on suit les histoires de quelques témoins d’une violente altercation entre automobilistes suite à un accrochage en plein Edimbourg. Parmi eux, un gentil écrivain de polars doux rêveur, la femme d’un entrepreneur véreux et… Jackson Brodie, qui accompagne sa Julia au festival de théâtre. Ajoutez-y une policière qui habite une des maisons construites par le promoteur véreux, une jeune femme russe déterminée, un sbire armé d’une batte de base-ball et vous obtenez un roman à la construction éblouissante où tout ce beau monde se retrouve pour un final déchaîné et une pirouette de fin encore plus inattendue. J’ai beaucoup ri… J’ai adoré (comme tous les romans de Kate Atkinson d’ailleurs).

Kate ATKINSON, Les choses s’arrangent mais ça ne va pas mieux, traduit de l’anglais par Isabele Caron, 2007

Trois mètres de toile manquent à la fameuse tapisserie de Bayeux, qui décrit la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant. Que représentaient-ils ? Les historiens se perdent en conjectures. Une jeune conservatrice du patrimoine, Pénélope Breuil, s’ennuie au musée de Bayeux, jusqu’au jour où la directrice du musée, dont elle est l’adjointe, est victime d’une tentative de meurtre ! Entre-temps, des fragments de tapisserie ont été mis aux enchères à Drouot. Pénélope, chargée par le directeur du Louvre de mener discrètement une enquête, va jouer les détectives et reconstituer l’histoire millénaire de la tapisserie, de 1066 à la mort tragique de Lady Diana sous le pont de l’Alma…

J’ai choisi ce livre pour ma semaine de vacances en Normandie, puisqu’il est question de la Tapisserie de Bayeux (que je ne suis pas allée revoir pour autant) C’était sympa, instructif, l’idée que la fin de la Tapisserie manque était intéressante, et mêler les deux fins possibles au destin de la monarchie anglaise contemporaine était carrément rocambolesque (avec l’abdication d’Edouard VIII pour épouser Wallis Simpson et les frasques de Diana avec Dodi Al-Fayed avant sa fin tragique à Paris)mais je me suis un peu perdue dans toutes les théories possibles et ça ne me laissera sans doute pas un grand souvenir… J’ai trouvé le couple Pénélope (conservatrice fraîche émoulue de l’école) et Wandrille (journaliste et dandy dilettante) un peu léger. J’ai quelque part Intrigue à Giverny, issu d’une opération Deux poches achetés un gratuit, mais je vais attendre avant de l’extirper de la PAL…

Adrien GOETZ, Intrigue à l’anglaise, Le Livre de poche, 2008