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Quatrième de couverture :

Kent Haruf nous entraîne au coeur de cette Amérique profonde que l’on ne connaît pas assez. Nous sommes dans un bled perdu du Colorado. Entre le bruissement des éoliennes et le piétinement des troupeaux, des destins se croisent. Une lycéenne demiindienne de dix-sept ans enceinte d’un garçon parti sans laisser d’adresse est jetée à la rue par sa mère. Un prof du lycée du coin tente de s’en sortir avec deux gamins sur les bras après la fuite de sa femme dépressive. Ce petit monde se retrouve dans la ferme des McPheron, deux vieux célibataires aux mains calleuses mais au coeur en or… Dans l’attention minutieuse qu’il porte à ses personnages et à leur vie quotidienne, tout en émotion contenue, Haruf n’est pas sans faire songer au grand Richard Yates. On n’oubliera pas de sitôt la poussière soulevée par les vieux pick-up sillonnant les grandes plaines.

Au début, j’étais un peu perplexe : tant de détails sur de tout petits gestes du quotidien me semblaient répétitifs… Mais assez vite, je me suis laissé prendre à la grâce sans fard des personnages de Kent Haruf. Je crois que c’est à partir du moment où Tom Guthrie va aider les frères McPheron à la ferme avec ses enfants que je me suis laissé charmer (et pourtant le vieux Raymond ne devait pas sentir très bon et cette vache rousse était bien effrayante). Et puis, vous savez, quand le coeur frémit dans la poitrine parce que ces vieux frères ont le coeur tellement bon, quand vous avez envie de crier à Victoria « Mais non, tu ne vas pas faire ça !! », quand vous avez envie de serrer Ike et Bobby dans vos bras tant ls sont courageux, ces deux petits frères… Vous savez, quand le frisson du coup de coeur s’installe peu à peu et ne vous lâche plus…

La quatrième de couverture en dit pas mal pour rattraper mon billet aux impressions décousues (et enthousiastes). Il y a, dans ce roman, des formes de perte, de solitude, mais aussi de résilience sublime de simplicité. Il y a deux vieux frères et deux jeunes frères, tous très attachants, et qui vivent une forme d’initiation (bien la preuve qu’on peut apprendre et qu’on peut être ouvert d’esprit à tout âge, même au fin fond de l’Amérique). Il y a deux beaux personnages de femmes aussi, la jeune Victoria Roubideaux et Maggie Jones, des femmes qui parviennent à tracer leur route dans ce milieu assez traditionnel. Ces rencontres intergénérationnelles sont empreintes d’authenticité et de douceur, malgré une violence toujours prête à surgir.

Il paraît que Kent Haruf a repris ses personnages et a écrit deux romans encore dans le cadre de cette petite ville du fin fond du Colorado. J’aimerais les retrouver et vibrer à nouveau avec eux, grâce à eux. J’aime définitivement bien cette collection Pavillons de Robert Laffont.

« Dehors, le vent s’était levé plus fort que dans l’après-midi. Ils l’entendaient pleurer au coin de la maison, gémir et souffler dans les arbres nus. La neige sèche était soulevée par les bourrasques et passait devant les fenêtres en tourbillons soudains, traversant le jardin gelé sous la lumière de la ferme qui pendait à un pylône de téléphone sur l’arrière. La neige filait et accélérait dans la lumière bleutée. A l’intérieur, tout était tranquille. »

« Et ainsi, les deux frères McPheron se mirent à discuter bétail, abattoir et bouvillons de choix, génisses et veaux de lait, expliquant tout cela aussi, et entre eux trois, ils discutèrent à fond de toutes ces choses, jusque tard dans la soirée. Parlant. Conversant. S’aventurant un peu dans d’autres sujets assez divers. Les deux vieux bonshommes et la fille de dix-sept ans assis devant la table de la salle à manger en pleine campagne après la fin du dîner, et après avoir nettoyé la table, tandis que dehors, au-delà des murs de la maison et des fenêtres sans rideaux, un vent du nord bleu et froid commençait à souffler une nouvelle série de bourrasques hivernales sur les hautes plaines. »

Kent HARUF, Le chant des plaines, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Benjamin Legrand, Pavillons Poche, Robert Laffont, 2014

Etat du Colorado (50 états, 50 romans)