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Quatrième de couverture :

Noële a toujours vécu au pied de la Géante, la montagne immuable qui impose son rythme, fournit les fagots pour l’hiver, bleuet, bourrache, gentiane pour les tisanes et les onguents. Elle est un peu sorcière, a appris les plantes et la nature sauvage grâce à la Tante qui les a recueillis, elle et son frère Rimbaud qui ne parle pas mais chante avec le petit-duc. Elle sait qu’on ne peut rien attendre du ciel, et n’a plus levé les yeux vers le soleil depuis longtemps. Repliée dans cet endroit loin de tout, elle mène une existence rugueuse comme un pierrier. 

Soudain surgit dans sa vie l’histoire de deux inconnus. Elle découvre par effraction ce que peut être le désir, le manque, l’amour qui porte ou qui encombre. Elle s’ouvre au pouvoir des mots.

La Géante, c’est une montagne que Laurence Vilaine nous invite à découvrir, à parcourir, de sentier en sentier à travers la forêt ou sur les pentes escarpées, une mère montagne secourable où on peut trouver les fagots de bois, les fruits sauvages et les herbes qui vous nourriront, vous chaufferont, vous guériront, mais aussi une montagne qui peut se montrer rude et peu accueillante si vous ne connaissez pas ses secrets. Une montagne au nom féminin où vont se croiser deux femmes : Noële (oui, avec un seul L), qui y est arrivée enfant, qui y vit depuis longtemps, qui connaît presque tous ses coins et recoins grâce à l’initiation de la Tante, une femme dont l’existence est marquée par l’exil, la mort, l’âpre réalité de cette existence en altitude ; Carmen, « la femme qui monte », l’étrangère, l’inconnue qui vient frapper de ses poings et de pioche le sol glacé du village de Noële. Un lien inconnu de Carmen unit les deux femmes : les lettres que Carmen n’a cessé d’envoyer à Maxim, un journaliste venu se réfugier dans la Maison Froide, en face de chez Noële. Lui qui aime tant les mots, les lettres, lus, écrits, a éveillé quelque chose chez celle qui parle très peu.

Laurence Vilaine, que je découvre enfin avec La Géante, nous conte cette histoire avec poésie et simplicité, avec pureté, oserais-je dire, rien que de nécessaire pour entrer avec délicatesse dans la vie de Noële, dans la nuit de Maxim, dans l’attente de Carmen et dans la douceur de Rimbaud. Un caillou, une fleur têtue, un fagot de bois, un peu d’eau fraîche, vous n’aurez besoin que de l’essentiel pour apprécier ce petit bijou littéraire.

« Jamais la Géante n’a connu de cri de la sorte, jamais dans ses gorges, dans ses bois, dans ses grottes, jamais de ses milliards d’années d’existence ou bien ce cri peut-être venait-il de là, de ces milliards d’années-là jusqu’à cet instant, un long cri de guerre, celui-là même peut-être qui fait trembler les entrailles de la Terre, se dresser les montagnes et rugir les océans – le cri des hommes contre la mort. »

« Ça sent la terre profonde dans le bois, j’ai pensé aux bêtes sauvages, et aux femmes et aux hommes qui un jour sûrement sont passés là, des années, des siècles avant moi, je me suis dit que le bois n’avait pas voulu d’eux, ni de leurs ponts, ni de leurs chapelles, que la nature est plus forte que les humains qui passent leur vie à chercher leur place. »

« Je ne sais pas le cœur qui s’affole quand il espère ou combien le désespoir le resserre, je n’ai jamais perdu l’appétit à cause de la joie ou de la tristesse, je mange parce que la pendule dit que c’est l’heure, j’obéis à des aiguilles qui me rappellent le coucher et au jour qui, par la fente des volets, me somme de me lever. Quand mes jambes flageolent, c’est à cause des kilomètres et de la fatigue, mais jamais elles n’ont tremblé d’impatience ou de plaisir. Elles ne savent pas ce qu’est courir vers le bonheur, elles ignorent même ce qu’est l’attendre – ce sont les lettres, soir après soir, qui m’ont appris la voix qui tremble. »

Laurence VILAINE, La Géante, Zulma, 2020

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