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En février, Enna organise depuis quelques années le African American History Month, selon la « tradition » américaine de faire honneur aux origines africaines de la population des Etats-Unis. Je participe enfin à ce challenge et j’ai décidé d’harmoniser les notes du jeudi avec ce thème. Ca va changer des habitudes 😉

Pour mal commencer, je vous propose une chanson pas du tout américaine que j’ai entendue ce mardi 2 février dans Le grand Echiquier : il s’agit de la chanson de Pierre Perret, Lily (qu’il a chantée avec Carla Bruni, c’était joli même si je n’apprécie pas particulièrement Carla Bruni). Même si la musique et les paroles sont bien françaises, les paroles racontent l’histoire d’une jeune Somalienne émigrée à Paris, qui subit le racisme et qui part en Amérique où elle rencontre Angela Davis pour lutter en faveur des droits civiques.

Je trouve que c’est une des plus belles chansons de la langue française. Pierre Perret dit avoir eu l’idée de la chanson après avoir vu lui-même Angela Davis en meeting, il dit avoir mis trois ans à l’écrire (le temps qu’il faut pour arriver à une apparente simplicité…) 

On la trouvait plutôt jolie, Lily
Elle arrivait des Somalies, Lily
Dans un bateau plein d’émigrés
Qui venaient tous de leur plein gré
Vider les poubelles à Paris

Elle croyait qu’on était égaux, Lily
Au pays d’Voltaire et d’Hugo, Lily
Mais, pour Debussy, en revanche
Il faut deux noires pour une blanche
Ça fait un sacré distinguo

Elle aimait tant la liberté, Lily
Elle rêvait de fraternité, Lily
Un hôtelier, rue Secrétan
Lui a précisé, en arrivant
Qu’on ne recevait que des Blancs

Elle a déchargé des cageots, Lily
Elle s’est tapée les sales boulots, Lily
Elle crie pour vendre des choux-fleurs
Dans la rue, ses frères de couleur
L’accompagnent au marteau-piqueur

Et quand on l’appelait Blanche-Neige, Lily
Elle se laissait plus prendre au piège, Lily
Elle trouvait ça très amusant
Même s’il fallait serrer les dents
Ils auraient été trop contents

Elle aima un beau blond frisé, Lily
Qui était tout prêt à l’épouser, Lily
Mais, la belle-famille lui dit
« Nous n’sommes pas racistes pour deux sous
Mais on veut pas de ça chez nous »

Elle a essayé l’Amérique, Lily
Ce grand pays démocratique, Lily
Elle aurait pas cru sans le voir
Que la couleur du désespoir
Là-bas, aussi ce fût le noir

Mais, dans un meeting à Memphis, Lily
Elle a vu Angela Davis, Lily
Qui lui dit « viens, ma petite sœur »
« En s’unissant, on a moins peur »
« Des loups qui guettent le trappeur »

Et c’est pour conjurer sa peur, Lily
Qu’elle lève aussi un poing rageur, Lily
Au milieu de tous ces gugus
Qui foutent le feu aux autobus
Interdits aux gens de couleur

Mais, dans ton combat quotidien, Lily
Tu connaîtras un type bien, Lily
Et l’enfant qui naîtra, un jour
Aura la couleur de l’amour
Contre laquelle on ne peut rien

On la trouvait plutôt jolie, Lily
Elle arrivait des Somalies, Lily
Dans un bateau plein d’émigrés
Qui venaient tous de leur plein gré
Vider les poubelles à Paris