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Quatrième de couverture :

Comment est né le football féminin en Angleterre ? Par ce hasard qui ne fait jamais rien au hasard.

Le 6 avril 1917, à la pause déjeuner de l’usine de munitions Doyle & Walkers, à Sheffield, Royaume-Uni, Violet Chapman, ouvrière, prise d’une inspiration subite, donne un coup de pied dans l’espèce de balle qui se trouve au milieu de la cour en brique rouge de 330 pieds de long par 240 pieds de largeur.

Aussitôt, les dix autres femmes présentes lâchent leurs casse-croûtes et sautent du muret où elles étaient assises en rang d’oignons pour se mettre à courir elles aussi.

Ce simple coup de pied aurait pu les tuer. Car la balle est un prototype de bombe légère destinée à calculer la trajectoire de chute, avant de massacrer l’ennemi. Mais la bombe n’explose pas. C’est leur cœur qui le fait. Ce coup de pied vient de leur sauver la vie, à toutes.

Elles jouent pendant plus d’une demi-heure.

Et recommencent le lendemain. Et encore, et encore. (…)

Je poursuis ma série Foot en cette journée internationale des Droits de la femme avec la naissance du premier club de foot féminin, à Sheffield en Angleterre, en avril 1917. Encore une liberté, une avancée – et une forme d’ironie – due à la guerre. Ce sont des ouvrières d’une fabrique de munitions qui se mettent à taper dans un ballon pendant une pause : il faut bien que les femmes travaillent à la place des hommes partis combattre, elles contribuent à l’effort de guerre et il s’avère que le ballon en question est en fait un prototype de bombe. Ouf il n’explose pas et jusqu’à la fin de la guerre, cette équipe improbable de Sheffield va continuer à jouer, de vais matches avec des adversaires surprenants et des maillots tout aussi improbables. Jusqu’à ce que les hommes reviennent du front.

Oh il n’y a rien de revendicatif dans le roman de Stefano Massini. Juste onze femmes qui, en quelque sorte, se réveillent – se révèlent – grâce au ballon rond. Nous suivons ainsi les onze joueuses, celle qui se demande pourquoi elle s’est retrouvée dans les filets du gardien de but, celle qui fuit un père et un mari pasteurs asphyxiants, celle qui joue comme une déléguée syndicale, celle qui inspire ses coéquipières à coups de citations « originales », celle qui « voit » ce qui va arriver, celle qui fonce comme une bête indomptée, celle qui ne supporte aucun symbole à caractère religieux, celle  qui s’enfuirait bien avec le ballon… jusqu’à celle que personne ne voyait jamais et qui éclate au grand jour et se retrouve… capitaine de l’équipe.

C’est à la fois léger et sérieux, tendre et doux-amer et la forme du roman écrit en vers libres accompagne vraiment bien le propos.

« Le 6 avril 1917
la radio du front annonçait de nouveaux morts.

Le 6 avril 1917
les États-Unis entraient en guerre.

Le 6 avril 1917
Lénine préparait la révolution russe.

Mais, surtout,
le 6 avril 1917
durant la pause-déjeuner
onze ouvrières de Doyle & Walker Munitions
se mirent à courir derrière un ballon. » (p. 11)

« Il ne faut pas confondre balle et ballon.

Le ballon, c’est pour le football, pour jouer.
La balle non : n’importe quelle sphère en est une. » (p. 15)

Stefano MASSINI, Le Ladies Football Club, traduit de l’italien par Nathalie Bauer, Globe, 2021

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