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Présentation de l’éditeur :

L’auteure s’adresse à sa grand-mère centenaire et tisse le récit d’une relation. Amour, complicité, humour et bienveillance offrent en creux le portrait tendre et délicat d’une transmission. La petite-fille accompagne le très grand âge de la grand-mère, dans ses moments d’égarement et dans ses éclairs de lucidité, dans ses petites folies, ses souvenirs, ses chansons…

Violaine Lison nous offre un petit livre plein de tendresse et de simplicité pour dire le grand âge de sa grand-mère, « prête pour la grande migration ». La petite-fille accompagne l’aïeule sur ce chemin de dépossession, de dépouillement. Quand l’esprit, la mémoire ne répondent plus, c’est le coeur et le corps qui prennent toute la place : savourer la tartine trempée dans le café noir, éloigner les peurs joue contre joue, prendre la main, chanter une chanson oubliée et vider le lit de ses draps et couvertures pour mieux s’en aller. Et aussi saisir les brins d’humour pour vivre ce passage. Etre là, tout simplement.

J’ai un peu pensé au livre de Linda Vanden Bemden, Les dimanches d’Angèle, mais ici Violaine Lison traite le sujet de façon plus poétique. Elle semble avoir recueilli de cet accompagnement des leçons de vie toutes simples, qui donnent à son texte une légèreté paisible malgré la proximité de la mort. J’ai savouré la simplicité de ses pages accompagnées par les traits à l’aquarelle grise de Valérie Rouillier, « qui parlent de maillages, de réseaux, de bifurcations, de retrouvailles… » (selon la présentation sur le site d’Esperluète).

Première page :

« Tu as cent ans aujourd’hui.
Un gâteau avec ton prénom dans la salle commune.
La famille chante.
Tu ne sais pas ce qu’on fête.
Moi : Quel âge as-tu, bonne-maman ?
Toi : Nonante-cinq ans… Non ! nonante-quatre ans…
Moi : Tu as cent ans aujourd’hui, bonne-maman.
Toi : Mais non… Tu ris en me regardant, comme si je t’avais fait une blague.« 

« Toi, regardant droit devant, par-delà la fenêtre ce soir, on va dormir dans les arbres.

Moi, dans le sillage de ton regard : D’accord, tu choisis lequel ? » (p. 17)

« Depuis que tu es ici, tu n’as pas parlé de lui. Pas même prononcé son nom.

Lui. L’homme de ta longue vie. Mort avant toi.

Son visage est affiché dans ta chambre mais il échappe à ton regard.

Ou plutôt est-ce ton regard qui s’échappe.

Peut-être ne l’as-tu simplement pas emmené avec toi.

Peut-être n’est-ce pas ici sa place. » (p. 23)

« Entre ces murs, ton passé tient dans une valise.

Du linge. Deux tableaux. Un vase. Quelques photos.

Mais lui n’est pas avec toi.

Tu l’a lâché et il s’est élevé au lointain, comme un ballon d’hélium.

Tu l’a lâché.

Sans doute pour mieux le rejoindre.

On ne peut retrouver que ce qu’on a su perdre. » (p. 25)

Violaine LISON et Valérie ROUILLIER, Ce soir, on dort dans les arbres, Esperluète, Collection L’Estran, 2021

Le livre paraît aujourd’hui en librairie, à Tournai nous l’avons eu en avant-première en mars parce que l’auteure est d’ici et cela m’a donné envie de vous présenter dans les jours qui viennent d’autres livres de la famille d’écrivains de Violaine.

Le Mois belge 2021 – catégorie L’Ane qui butine (poésie)