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Massada

Quatrième de couverture :

Massada : tes syllabes chantent quand je les laisse sonner à mon esprit. Je les murmure, et elles suffisent à me faire du bien. Tu es la forteresse de montagne. La haute retraite. Tu es l’Imprenable.
Après la chute de Jérusalem, noyée dans le sang, les derniers rebelles juifs ont trouvé refuge à Massada. Mais les Romains sont opiniâtres, et le siège dure depuis des mois.
Là-haut, Hagar et son petit frère accomplissent les corvées d’eau et écoutent les grands parler du Tout-Puissant, qui pourrait encore venir les délivrer. En bas, dans le village de fortune où se côtoient ceux qui servent l’armée, Djanu, 15 ans, se voit déjà adopté par le général lorsque sa rencontre avec une putain égyptienne, obsédée par la citadelle, bouleverse son désir et ses ambitions. Avant que la terrible rampe d’assaut n’atteigne son but, Djanu fera tout pour qu’elle se livre à lui, corps et âme.

Dans son deuxième roman, Sylvestre Sbille nous transporte dans le temps et dans l’espace vers la citadelle de Massada, édifiée par le roi Hérode en plein désert, au sud d’Israël, une forteresse somptueuse ouverte sur la mer Morte (et à d’éventuelles et terribles tempêtes de sable) : c’est là que se sont réfugiés les derniers rebelles juifs après le siège de Jérusalem et la destruction du Temple en 70 après Jésus-Christ.

Dans la plaine, en contrebas, les Romains de la dixième légion ont installé leur camp, ils sont en train de construire une rampe de cent mètres de haut grâce à laquelle ils pourront envahir Massada et enfin apporter le triomphe à Silva, le général légat de l’empereur Vespasien. Autour du camp gravitent Roxanne, la maîtresse de Silva qui espère lui faire adopter son fils Djanu, quinze ans, pour en faire un citoyen romain, Isis la mystérieuse prostituée et prêtresse égyptienne qui porte un lourd secret et sa servante Briséis. En haut, à Massada, c’est surtout grâce à un petit groupe d’enfants que le lecteur se rend compte de l’état d’esprit des assiégés : les uns partisans d’une solution radicale, les autres plus pragmatiques, tous aveuglément confiants en l’Eternel qui leur viendra de toute façon en aide d’une manière ou d’une autre. Entre les deux arrive Chèvrebouc (c’est ainsi que l’ont surnommé des gamins), mi-conteur, mi-prophète qui a l’art d’écouter les uns et les autres. Les lignes bougeront d’une façon particulière quand Djanu, obsédé par la sensualité de l’Egyptienne, accèdera au désir secret de celle-ci.

Voilà un sujet original et un traitement choral pour ce qui fut la fin d’une longue et épineuse occupation romaine en Palestine. Les différents personnages se font l’écho de différentes manières de vivre sa condition humaine, de vivre différentes aspirations humaines dans des circonstances difficiles et de vivre sa spiritualité : des Romains têtus, forts de leur science de l’art militaire, faisant confiance à des dieux à leur service, des Juifs galvanisés par la conscience de la mort prochaine, dont certains sont fanatisés, et quelques rares personnes attirées par le Galiléen crucifié par Pilate à Jérusalem et dont les disciples continuent à transmettre le message. Le tout dans la chaleur brûlante de Massada, qui recèle pourtant des oasis de fraîcheur et des aspirations à la liberté et à la vie malgré tout.

Sylvain Sbille écrit bien, les mots sont recherchés mais le tout est fluide et épuré. J’ai un vague souvenir d’avoir visité Massada quand je suis allée en Israël il y a dix ans, c’est surtout la vue sur les montagnes, le désert et la mer Morte qui m’a marquée. Cela a ajouté un petit plus à ma lecture.

« Le poète pense.

Comme tous les matins, il s’est levé de sous son arbre, a plié sa couverture, a salué son âne et admiré la vue.

Il vit avec un berger, à une heure de marche vers l’ouest, sur un plateau qui cache un peu de végétation dans ses vallons. Le berger lui donne de son fromage et des amandes qu’il a gardées de l’année dernière. Il en possède toute une jarre pleine. En échange, le poète lui rapporte des affaires du camp. Il lui a offert un couteau de fer qui lui servira toute sa vie.

Ce matin, comme chaque jour, le poète s’imprègne du paysage. Les montagnes autour. La mer au loin. Le soleil levant dont les premiers rayons sont presque verts.

Il s’adresse à voix haute à toutes choses. D’abord celles autour de lui, puis celles du lointain, puis celles qu’il ne voit pas, puis celles qu’il ne voit plus, puis celles qu’il n’a pas encore vues. » (p. 166)

« En arrivant à l’endroit où les rochers offrent des prises pour remonter, Ti Ritus se demande que penser de cela. Puis il se souvient qu’il n’aime pas penser aux choses. Ce qu’il aime, c’est être surpris. Et pour être surpris bien comme il faut, il ne faut jamais se laisser aller au doux exercice d’une pensée féconde. » (p. 272)

Sylvain SBILLE, Massada, Plon, 2021

Merci aux éditions Plon et à Sylvain Sbille pour ce livre arrivé mystérieusement dans ma boîte aux lettres début avril.

Voilà qui clôture agréablement mon Mois belge 2021 (catégorie Impressions nouvelles et Traverse pour l’évasion totale)