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Entre deux eaux - Donna Leon - Babelio

Quatrième de couverture :

Venise en hiver. Une archéologue de renommée internationale, est agressée avant un rendez-vous capital avec un directeur de musée. Une rencontre définitivement manquée puisque, à sa sortie d’hôpital, on retrouve ce dernier assassiné… Dans les coulisses du monde de l’art, le commissaire Brunetti enquête sur un terrain nouveau : celui des antiquaires et autres collectionneurs, parfois prêts à tout pour obtenir des œuvres inestimables ou placer des « faux » à prix d’or…

Brett Lynch, spécialiste des céramiques chinoises, est sévèrement passée à tabac dans son appartement de Venise. On la menace de pire encore si elle rend visite à Semenzato, le directeur du musée du Palais des doges où a eu lieu une immense exposition consacrée aux céramiques chinoises anciennes un an auparavant. Même si ce n’est pas de sa compétence, Brunetti s’intéresse déjà à l’agression dont a été victime Brett, à la fois par amitié et parce que le maire de Venise a sommé le vice-questeur Patta de tout faire pour cette bienfaitrice de la ville. C’est ainsi qu’il apprend que certaines des pièces de l’expo retournées en Chine étaient des faux et que l’assistante de Brett à Xi’an est morte dans un bizarre accident sur le chantier de fouilles. Brett se sent totalement responsable, à la fois parce que sa carrière est menacée et parce qu’en réalité, elle a délégué le retour des céramiques pour passer plus de temps avec sa compagne, la soprano Flavia Petrelli. Et voilà que le directeur du musée est retrouvé assassiné, conduisant Brunetti dans le monde des collectionneurs et des antiquaires plus que mordus d’oeuvres d’art.

J’ai apprécié cette enquête pour plusieurs raisons : le monde de l’art, le monde très pointu des spécialistes des céramiques chinoises, la fabrication des faux, les coups tordus auxquels sont prêts les collectionneurs, tout le contexte était intéressant et évoquait une fois de plus les petits ou grands arrangements avec la loi typiques de certains Italiens en général, de certains Vénitiens en particulier. L’amitié de Brunetti pour Brett Lynch, la relation complexe que Brett et la diva Flavia entretiennent constituaient de bons ressorts psychologiques. Evidemment, au bureau, Patta est égal à lui-même et la signorina Ellettra déploie ses talents « cachés » pour aider Brunetti dans son enquête (j’adore comme il cache bien son ébahissement derrière ses bonnes manières). Quant à Venise, nous la découvrons en hiver, sous une pluie battante et le phénomène de l’acqua alta donne un final palpitant et même angoissant à cette enquête rondement menée.

« Pour les non-vénitiens, Venise est une ville ; ses habitants, eux, savent bien que la Sérénissime n’est qu’un gros bourg assoupi, où l’on est curieux et friand de commérages, et où l’étroitesse d’esprit est la même que celle qui règne dans les patelins perdus de la Calabre ou de l’Aspromonte. »

« Non seulement la signorina avait réussi à obtenir les copies des relevés bancaires de La Capra, mais elle s’était arrangée pour fournir aussi des relevés de cartes bancaires aussi complets que ceux concernant Semenzato. Parfaitement conscient du temps qu’il aurait fallu pour se procurer ces informations par la voie officielle, Brunetti dut se résoudre à reconnaître qu’elle avait procédé de manière non officielle, ce qui voulait probablement dire illégale. Cela admis, il poursuivit sa lecture. »

« En face de lui, de l’autre côté de la place, se levait le palazzo Priuli, édifice laissé à l’état d’abandon depuis si longtemps que Brunetti ne se souvenait pas de l’avoir vu autrement. Ce palais était l’enjeu d’une bataille de succession féroce autour d’un testament contesté. Si bien que pendant que les différents héritiers putatifs s’en prenaient les uns aux autres, tous sûrs de leur bon droit, le Palazzo, de son côté, indifférent aux querelles et prétentions des héritiers, menait à bien avec une détermination farouche la tâche qu’il s’était fixée : l’autodestruction. De longues traînées de rouille coulaient des grilles censées en interdire l’accès et déparaient les murs de pierres ; le toit prenait une inclinaison curieuse et s’affaissait par endroits, se trouant même de lucarnes imprévues ici et là qui permettaient au soleil d’assouvir sa curiosité pour ce que contenaient les greniers, fermés depuis tant d’années. Brunetti avait souvent songé que le palazzo serait le lieu idéal où enfermer une tante folle, une épouse récalcitrante ou encore une héritière rebelle. Par ailleurs, son côté pratique de bon Vénitien lui permettait de voir le bâtiment comme un placement immobilier de choix et d’en étudier les fenêtres en essayant d’imaginer comment diviser l’intérieur en appartements, bureaux et ateliers.« 

« Un coup d’œil à la carte d’Italie suffisait à comprendre combien ses frontières était perméables. Des milliers de kilomètres de côtes, truffées de baies abritées, de criques discrètes, d’estuaires… ou, pour ceux qui étaient bien organisés ou qui disposaient des bonnes relations, il y avait les ports et les aéroports, par lesquels on pouvait faire transiter n’importe quoi sans beaucoup de risques. Les gardiens de musée n’étaient pas les seuls à être mal payés. »

Donna LEON, Entre deux eaux, traduit de l’anglais par William Olivier Desmond, Points, 2000 (Calmann-Lévy, 1999)

Dernière participation au Mois italien  chez Martine avec une étape à Venise

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