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Cela n’aura échappé à personne, cet été 2021 a été marqué par deux événements sportifs – entre autres – qui étaient tous deux prévus en 2020 et ont été reportés à cette année : l’Euro de football et les Jeux olympiques à Tokyo. Aussi ai-je sorti de ma PAL les deux livres que voici.

Carton jaune

Présentation de l’éditeur :

A onze ans, Nick Hornby pénètre pour la première fois dans Highbury, l’antre du club d’Arsenal, à Londres. Saisi par les clameurs du stade et l’émotion de partager une passion avec son père, divorcé et absent, le petit Nick devient pratiquant de ce culte étrange qu’on nomme football. En grandissant, il voit son obsession dévorer peu à peu le reste de sa vie…

Il ne s’agit pas d’un roman mais d’une autobiographie de l’auteur sous l’éclairage du foot : Nick Hornby est en effet supporter de l’équipe d’Arsenal au nord de Londres depuis l’âge de dix ans. C’est son père qui l’a emmené au foot et le gamin est « tombé dans la marmite », à une époque où Arsenal n’était pas une très grande équipe – elle était même plutôt brocardée pour son jeu ennuyeux, agressif, son palmarès n’était pas fameux – et cela n’a pas beaucoup changé. Dès que le jeune Nick a été touché par le virus du foot, il a supporté son équipe dans la victoire comme dans la défaite. Le foot est même devenu un mode de vie, une manière d’être en lien avec son père quand ses parents ont divorcé, une manière de passer le cap de l’adolescence ; les émotions du foot se sont calquées sur les émotions de la vie déceptions amoureuses, exaltation du premier emploi, amitiés plus ou moins fortes… on peut même carrément dire que le foot est plus qu’une passion mais bien une obsession. Cela m’a fait penser à un autre livre lu en avril, Le Martyre d’un supporter de Maurice Carême, où le héros est fan du club d’Anderlecht bien avant sa notoriété belge et européenne.

Ce livre prouve s’il en était besoin qu’on peut être intellectuel et amateur de foot 😉 Nick Hornby jette un regard sur l’évolution de la société anglaise, sur le hooliganisme, l’argent dans le foot, et ses réflexions ne manquent pas d’intérêt mais il me faut avouer que la structure répétitive (comme un journal intime rythmé par les dates de matches de 1968 à 1992) a fini par me lasser. Peut-être est-ce l’effet de la fatigue (j’ai lu le livre au tout début juillet) mais je ne parvenais plus à me concentrer et j’ai finalement abandonné le livre à la moitié. Mais je le laisse à portée de main et j’en lis quelques pages de temps en temps, peut-être en viendrai-je à bout d’ici la fin de l’été…

Nick HORNBY, Carton jaune, traduit de l’anglais par Gabrielle Rolin, 10/18, 2018 (Plon 1998, 10/18 2000)

Petit Bac 2021 – Couleur 4

Quatrième de couverture :

Parce qu’elle est fascinée par le destin de la miraculeuse petite gymnaste roumaine de quatorze ans apparue aux jo de Montréal en 1976 pour mettre à mal guerres froides, ordinateurs et records au point d’accéder au statut de mythe planétaire, la narratrice de ce roman entreprend de raconter ce qu’elle imagine de l’expérience que vécut cette prodigieuse fillette, symbole d’une Europe révolue, venue, par la seule pureté de ses gestes, incarner aux yeux désabusés du monde le rêve d’une enfance éternelle. Mais quelle version retenir du parcours de cette petite communiste qui ne souriait jamais et qui voltigea, d’Est en Ouest, devant ses juges, sportifs, politiques ou médiatiques, entre adoration des foules et manipulations étatiques ?

J’ai sorti ce livre pendant la première semaine des Jeux Olympiques de Tokyo, alors que la Gymnastique artistique était au programme. Il a eu beaucoup de succès à sa sortie en 2014 et depuis le temps que Lola Lafon me l’a dédicacé à la Foire du livre de Bruxelles, c’est une fameuse sortie de PAL. Mais ma lecture ne m’a pas emportée, contrairement à ce que je pensais. Pourtant d’habitude, le mélange de fiction et de non fiction ne me dérange pas trop. Ici, Lola Lafon – qui a passé son enfance en Roumanie, raconte la vie de Nadia Comaneci, la jeune gymnaste prodige qui a fait sauter les compteurs des JO à Montréal en 1976 et a ébloui le monde entier, à une époque où la télévision prenait beaucoup moins de place que maintenant. Elle raconte cette vie en mettant en scène une admiratrice qui veut écrire la biographie de la championne et combler les trous de la réalité et qui se fait confirmer ou rabrouer par Nadia elle-même. Au passage, elle évoque évidemment la rudesse de l’entraînement, la faim obligée, les blessures réelles ou redoutées, la récupération par Ceaucescu de l’image glorieuse de la gymnaste, la réalité du régime roumain (avec sa fameuse police secrète la Securitate) qui, pourtant, jouissait d’une image favorable à l’Ouest avant la chute du mur de Berlin. Et bien sûr, l’évolution de Nadia Comaneci elle-même : le corps de cette athlète exceptionnelle, dressé, affûté par son entraîneur alors qu’elle est encore physiquement une enfant et qui, avec la puberté, perd de sa grâce originelle et est jeté en pâture aux commentaires aussi féroces qu’ils ont été dithyrambiques ; la tête, l’esprit de Nadia qui, avec la venue de l’âge adulte, semble accepter sa récupération par le régime mais subit la surveillance, les interdictions de quitter le territoire, la relation forcée avec le fils du dictateur. Une ambivalence des sentiments que fait bien ressentir Lola lafon, mais où est la vérité ? Ce mélange de fiction et de non fiction est vraiment très troublant. Peut-être aussi parce que la romancière veut aborder de très nombreux sujets à travers le personnage de la gymnaste ?

Je me suis dit que ce roman est un peu comme une oeuvre d’art contemporain : les émotions artistiques ne sont pas spontanées, il faut faire un effort intellectuel pour comprendre la démarche. Ici rien n’est fait pour rendre sympathique le personnage de Nadia Comaneci, qui peut émouvoir, tout comme le destin de ses petites camarades gymnastes et celui du peuple roumain. Je reconnais la patte de la romancière mais sa démarche – tout aussi ambivalente que son personnage principal et donc intelligente – n’a pas emporté mon adhésion. (Si quelqu’un a des éclaircissements à m’apporterpour ma gouverne, qu’il ou elle n’hésite pas !) Par contre, la médaille d’or olympique de la Belge Nina Derwael aux barres asymétriques m’a mis des étoiles plein les yeux ce dimanche 1er août (peut-être ai-je mieux compris sa valeur et tout le travail que cela représente grâce à la lecture de ce roman 😉 )

Lola LAFON, La petite communiste qui ne souriait jamais, Actes Sud, 2014

Petit Bac 2021 – Adjectif 4