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Présentation de l’éditeur :

« Les partis fascistes, ce n’est pas ce qui manque ici, disait Max à Lena, en passant avec elle sur Tower Bridge, ils rêvent tous de refaire le coup de Mussolini : on part à une poignée et un jour, après quelques manifestations, on devient tout, et plus la poignée est petite plus la réussite sera éclatante. »

C’est une histoire vraie, celle d’un homme de guerre et d’une femme seule. Elle s’est passée en Angleterre, au cours des années 1920. À l’époque, elle a fait cinq colonnes à la une dans la presse, puis elle a disparu. J’ai pensé qu’elle valait la peine d’être racontée dans un roman. H.K.

Cette histoire se passe à Londres, en 1930. Max est journaliste, il cherche un sujet de reportage et s’intéresse au colonel Strether, héros de la bataille de Mons en août 1914, maître d’hôtel dans le civil, dans un prestigieux restaurant londonien et aussi instructeur pour les jeunes recrues d’un petit parti d’extrême-droite. Strether raconte la bataille de Mons et la fameuse intervention des « anges » qui auraient permis aux Anglais de battre en retraite avec un maximum de dignité devant les Allemands triomphants, il exalte cette apparition avec lyrisme et en fait le modèle de ce que devraient êtres les vrais Anglais en 1930. Nous suivons aussi Lena, une cantatrice en répétition à Londres, qui fut la maîtresse de Max, a une liaison avec son pianiste et semble appréciée par Strether qui lui raconte des bribes de son parcours.

Hédi Kaddour raconte l’histoire de ce personnage singulier en la dévoilant progressivement, dans une progression en spirale, où les éléments connus débouchent sur de nouvelles révélations, jusqu’à un coup de théâtre auquel je ne m’attendais pas du tout, qui m’empêche de vous en dire davantage, évidemment et donne envie de relire le roman. J’ai beaucoup aimé la construction de ce personnage, sur fond de crise économique et morale dans l’Angleterre de 1930. On assiste ainsi au développement de plusieurs partis fascistes (celui le plus connu, je crois, d’Oswald Mosley, est évoqué) mais une certaine nostalgie de la première guerre mondiale est bien présente, ainsi que les rapports délicats entre hommes et femmes, ces dernières peinant à garder le statut gagné en remplaçant les hommes en 14-18.

Je prendrai plaisir à retrouver la plume sinueuse et élégante d’Hédi Kaddour.

« Ils s’étaient retrouvés tous les quatre à la gare, dans la rumeur d’une foule joyeuse qui se pressait sur les quais. C’était un matin d’automne, la première partie de l’automne, celle des fruits mûrs, et du soleil qui ne veut pas sortir de l’été. Peu de temps après le départ de leur train, les branches d’arbres encore très feuillues avaient commencé à se jeter joyeusement sur la vitre du wagon, on avait envie de chanter et la lumière se posait par éclair sur les visage set les avants bras. La ligne suivait une petite route où l’on voyait parfois un camion cahoter sous les sacs de houblon, ou bien une fourragère qui abandonnait aux arbres la partie la plus instable de son fardeau. »

« Une Emma qui aurait survécu, qui s’avalerait à petites doses le poison de la vie conjugale. »

Hédi KADDOUR, Savoir-vivre, Folio, 2011 (Gallimard, 2010)

Encore une participation au Mois africain  chez Jostein