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Moi, Malala

Quatrième de couverture :

Je n’étais pas triste. Je n’avais pas peur. Je pensais juste : « Peu importe ce à quoi je ressemble : je suis vivante. » J’éprouvais de la reconnaissance. Peut-être l’ancienne Malala aurait-elle pleuré. Mais quand vous avez presque perdu la vie, un visage grotesque dans un miroir est la preuve que vous êtes toujours ici, sur cette terre.

Dans le bus scolaire qui la ramène de l’école le 9 octobre 2012, Malala est abattue à bout portant par les talibans. Transportée et opérée en urgence en Angleterre, elle sera sauvée. Elle vit depuis avec toute sa famille à Birmingham. Par sa lutte pour l’éducation, et en particulier celle des filles, Malala veut transformer le monde.

Tout le monde connaît l’existence et l’histoire de Malala. Je l’ai choisie pour diverses raisons : sa biographie fait l’objet d’un exercice dans un de mes bouquins de prof de français et je trouvais intéressant de lire son histoire développée ; durant ces vacances de Noël, il ne me fallait vraiment rien de compliqué à lire et c’était donc l’occasion de sortir ce livre de la PAL, d’autant que je proposerai l’exercice dans quelques semaines ; il y a un signe de ponctuation dans le titre pour le Petit Bac 2022 ; et surtout, surtout, après lecture et en pensant à la rencontre avec Frank Andriat en novembre dernier, c’est super important de voir comment plusieurs personnes, une toute jeune fille en particulier, refuse de se laisser retourner le cerveau et agit courageusement pour les droits des enfants, des jeunes, des filles à l’éducation.

Si le livre n’est pas compliqué, il se laisse lire avec intérêt : je ne vais pas vous retranscrire l’histoire complexe du Pakistan et des pays voisins depuis la décolonisation de l’Inde en 1948 – cette histoire est d’ailleurs retracée à la fin du livre -, Malala y naît en 1997, premier enfant d’un couple de Pachtounes qui vivent dans la vallée du Swat, au nord du pays, près de la frontière afghane. Si sa mère ne sait pas lire et est profondément religieuse, elle collabore sans problème au travail de son mari, directeur d’école, esprit libre et ouvert qui a toujours encouragé sa fille à s’exprimer librement et s’est toujours opposé aux Talibans quand ceux-ci ont pris le contrôle de la vallée du Swat. Très jeune, Malala a connu le déplacement de population, l’exil, la guerre civile (qui ne dit pas son nom), la peur des bombardements et des attentats. Mais elle aime tellement l’école qu’elle surmonte ses peurs et ne craint pas de s’exprimer à chaque occasion, sur un blog hébergé par la BBC, qui fera connaître la situation des filles au monde occidental, à la radio ou à la télévision. Sa foi musulmane, simple et profonde à la fois, lui permet de garder confiance.

Les menaces de mort la rattraperont un jour d’octobre 2012 lorsqu’un taliban tire sur elle, la blessant grièvement à la tête et blessant deux de ses amies. C’est la présence d’esprit d’un médecin pakistanais et la présence au Pakistan de médecins anglais en mission humanitaire qui vont sauver la jeune fille de quinze ans : elle sera transférée et opérée à Birmingham, elle subira plusieurs autres opérations au cours de sa convalescence et sa famille, ses parents et ses deux petits frères, qui l’empêchent toujours de prendre la grosse tête, pourront la rejoindre en Angleterre. C’est le prix à payer : impossible pour la famille de retourner vivre au Pakistan. Malgré cette douleur, Malala continue à militer pour les droits des filles à l’éducation, elle est – entre autres – attentive à ce qui se passe en Afghanistan, en Syrie, en Palestine, dans tous les lieux où les conflits écrasent les droits des enfants, et plus encore ceux des filles.

C’est un beau témoignage à faire lire aux ados, garçons et filles, ne serait-ce que pour comprendre la chance qu’on a d’aller à l’école (je sais, ça fait morale simplette mais tant pis). Des cartes géographiques, une histoire du Pakistan, un glossaire et des photos enrichissent et agrémentent la lecture.

« Quand un garçon naît au Pakistan, c’est l’occasion de grandes réjouissances. On tire des coups de feu en l’air. On dépose des cadeaux dans le berceau du bébé. Et on inscrit le prénom du garçon dans l’arbre généalogique de la famille. Mais quand c’est une fille, personne ne vient rendre visite aux parents, et les femmes éprouvent simplement de la sympathie pour la mère.
Mon père n’accordait aucune attention à ces coutumes. J’ai vu mon prénom – écrit à l’encre bleue brillante – juste là, au milieu des prénoms masculins de notre arbre généalogique. Le premier prénom féminin en trois cents ans !
Toute mon enfance, il m’a chanté une chanson sur ma fameuse homonyme pachtoune :  » O Malalai de Mainwand, fredonnait-il, lève-toi encore pour faire comprendre le chant de l’honneur aux Pachtounes, Tes paroles poétiques font se retourner les mondes. Je t’en prie, lève-toi encore une fois. »

« Le terrorisme c’est la peur tout autour de soi. C’est aller se coucher le soir sans savoir quelles horreurs le lendemain matin apportera. C’est se réfugier avec sa famille dans la pièce centrale parce qu’on a décidé d’un commun accord que c’est l’endroit le plus sûr où se tenir. C’est descendre sa propre rue sans savoir à qui on peut faire confiance.
Le terrorisme, c’est la crainte, quand votre père passe la porte pour sortir le matin, de ne pas le voir revenir le soir…..
Pendant la seule année 2008, les talibans ont fait exploser deux cents écoles. »

Malala YOUSAFZAI et Patricia McCORMICK, Moi, Malala, traduit de l’anglais par Michel Laporte, Le Livre de poche Jeunesse, 2016

Petit Bac 2022 – Ponctuation 1