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Quatrième de couverture :

Maria Malibran fut une chanteuse du début du XIXe siècle, à la voix fabuleuse, qui s’illustra surtout dans les oeuvres de Rossini, Bellini et Donizetti. Elle connut un immense succès, au cours de ses nombreuses tournées, qui lui firent traverser le monde. Sa vie tumultueuse contribua aussi à sa légende, et celle-ci s’éleva au mythe lorsque la jeune femme mourut, à vingt-huit ans, d’une chutte de cheval. Elle attendait alors un enfant. C’est à lui qu’elle s’adresse ici :
« Je n’aimais plus chanter. Peut-être même n’ai-je jamais aimé.
Tout au plus écouter la voix des autres. Et encore. Je sentais trop l’effort. derrière la beauté. Et la souffrance. Pour le péché originel, on dit que Dieu a condamné la femme à accoucher dans la douleur. Mais il l’a aussi condamnée à chanter. Sa joie, ainsi, ne serait jamais sans souffrance. La musique pure, ça c’est la part des anges. »

C’est grâce à Mina que j’ai découvert ce roman qui conte la vie de la Malibran, cantatrice qui a vécu de 1808 à 1836. Une vie consacrée au chant dès son enfance puisque son père était lui même chanteur d’opéra et qu’elle se produit sur scène dès l’âge de cinq ans. Elle connaîtra le succès à 17 ans en remplaçant une cantatrice au pied levé. Dans ce très court roman, elle raconte sa vie au fils qu’elle n’aura jamais puisqu’elle meurt en étant enceinte. Elle dit sa soif d’amour, jamais vraiment comblée dans son enfance, amour reçu bien sûr du public, amour intéressé de son premier mari (qui lui a donné le nom de Malibran) qui comptait sur elle pour renflouer ses finances, amour apaisé avec le compositeur Bellini. Elle évoque surtout sa fascination et cette relation à la fois fusionnelle et malheureuse avec son père, son professeur de chant et son partenaire sur scène, d’une exigence surhumaine. Elle était aussi passionnée d’équitation, une passion qui la mènera à la mort des suites d’une chute de cheval.

Je me suis donc intéressée à cette héroïne malheureuse et je me suis rendu compte que Sandrine Willems a pris d’énormes libertés avec la vraie vie de Maria Malibran, du moins à propos de ses amours et de ce fils jamais né. Elle s’est en effet mariée très jeune avec Eugène Malibran, union qui sera annulée par la suite, et elle se marie avec le violoniste belge Charles-Auguste de Bériot dont elle aura un fils. Après sa mort à Manchester, celui-ci fait rapatrier le corps de Maria et lui dresse un mausolée remarquable au cimetière de Laeken (près de l’église qui abrite les sépultures de la famille royale belge – ça me donne envie d’y aller). S’il me gêne un peu, le jeu avec la vérité historique n’enlève rien à la beauté du texte de Sandrine Willems, qui nous fait percevoir les affres d’une carrière dans le chant et l’ambivalence des sentiments d’une femme adulée par le public et malheureuse une bonne partie de sa vie privée.

« C’est d’ailleurs toujours ça le chant. Comme un désir de s’en aller. De se sacrifier, corps et âme, dans un son. Un désir de devenir constellation, et de briller dans la nuit, comme ces mortelles jadis aimées des dieux, et métamorphosées par eux. Je n’aspirais qu’à me débarrasser de moi, de cette petite personne égoïste et encombrante, et à devenir pur amour. » (p. 35)

Sandrine WILLEMS, Una Voce poco fa Un chant de Maria Malibran, Autrement, 2000

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