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Quatrième de couverture :

Saül Birnbaum, survivant d’une famille de restaurateurs judéo-polonais, fuit l’Autriche à l’âge de 6 ans, après la Nuit de cristal, par un Kindertransport, et trouve refuge à Bruxelles où il sera caché de 1942 à 1944. Fasciné par le cinéma hollywoodien qu’il découvre à la Libération, il réalise son rêve américain en ouvrant un delicatessen à New York. Une ébauche de scénario laissée en gage par un client impécunieux lui permet de devenir producteur de cinéma. Il parvient, par des méthodes peu orthodoxes de financement, à monter la production d’un film et à convaincre une star d’y jouer. Pourtant, Saül demeure hanté par sa jeunesse dramatique et par la nostalgie de son amour d’enfance, Hilde, nièce d’Hitler…

Ce roman de Henri Roanne-Rosenblatt a sans doute une part autobiographique : l’auteur est lui-même né à Vienne en 1932, a quitté l’Autriche après l’Anschluss et a été critique de cinéma à la RTB (Radio Télévision Belge). Il est également l’auteur de deux films documentaires. Je l’avoue, je ne connaissais pas l’existence des Kindertransporten, qui ont permis de sauver des enfants juifs de l’invasion allemande en Autriche.

Le roman alterne les chapitres sur l’enfance de Saül Birnbaum, né à Braunau-sur-Inn, comme Hitler, et sa vie adulte à New York. Le père de Saül est emprisonné à Dachau après l’Anschluss et sa mère se bat contre vents et marées pour sauver son mari et son fils. Elle n’obtiendra un visa que pour son mari – dont elle découvrira, ironie du sort, qu’il l’a trompée et qu’il a eu un autre fils – et se séparera la mort dans l’âme de son fils, en l’intégrant à un Kindertransport. Celui-ci arrive à Bruxelles et est « adopté » par un couple juif lui aussi. Grâce à Justine, il échappera aux rafles anti-juives. Après la guerre et de nombreuses péripéties familiales (que je vous laisse découvrir), il émigrera au Canada puis à New York où il pourra, avec la mystérieuse Hannah, vivre à fond sa passion du cinéma, passion qui l’a aidé à survivre pendant son adolescence. Et il deviendra même le producteur d’un film réalisé par son neveu, film qui lui permettra de revenir sur les traces du passé…

Cette alternance entre enfance et âge adulte donne du rythme et de l’émotion à l’histoire de Saül Birnbaum, qui doit apprivoiser les fantômes si douloureux de son histoire. S’il est parfois un peu difficile de démêler la vérité historique, ce roman évoque des événements bien réels et j’y ai encore appris des choses (comme les Kindertransporten). Plaisir non négligeable, l’auteur nous donne une leçon de cinéma, on revit ou on revoit les grands classiques français et américains, les acteurs et actrices qui ont fait la légende d’Hollywood et aussi la vie culturelle new-yorkaise. Vous le devinez, j’ai beaucoup aimé cette lecture !

Henri ROANNE-ROSENBLATT, Le cinéma de Saül Birnbaum, M.E.O., 2022 (première édition : Genèse, 2013)

Les éditions M.E.O. ont réédité ce roman à l’occasion de l’adaptation cinématographique qui sortira en salles en France et en Belgique le 22 juin.

Le Mois belge 2022 – catégorie Les Impressions nouvelles