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Quatrième de couverture :

Saul et Rachel ont un avenir tout tracé : chez les Amish, la vie est une ligne droite. Leur Rumspringa, cette parenthèse hors de la communauté, leur permettra de découvrir le monde moderne pour le rejeter en toute connaissance de cause. Temple doit quitter sa petite vie casanière pour rejoindre sa soeur à Chicago, mais la peur la paralyse. Dans l’immense ville, celle qui se pose trop de questions et ceux qui devraient ne pas s’en poser vont se perdre et se trouver. Mais ils vont aussi trouver des réponses qu’ils auraient peut-être préféré ignorer.

Pour être honnête, j’avais une idée très basique et totalement cliché des Amish, genre des gens qui vivent volontairement à l’époque et dans le style de La petite maison dans la prairie et qui ont complètement coupés du monde moderne. Rachel et Saul, deux jeunes Amish amoureux l’un de l’autre, font leur rumspringa, c’est-à-dire un séjour hors de la communauté, dans ce monde moderne, au terme duquel ils choisiront soit la vie amish, rurale, soit la vie moderne, urbaine. L’escapade des deux amoureux est quand même originale car Saul a décidé de les emmener à Chicago. C’est là qu’ils rencontreront Temple, une ado timorée, anxieuse, qui vient rejoindre sa soeur aînée dans la grande ville pour voir le spectacle de sa danseuse étoile préférée. Les trois ados vont faire des rencontres, découvrir la ville et en repartiront changés à jamais.

Ce roman initiatique alterne les points de vue de ces trois personnages principaux : Saul, d’abord intrépide et confiant mais que la grande ville va choquer en profondeur, Rachel, qui paraît douce et soumise mais va se révéler plus ouverte à la nouveauté qu’il n’y paraît et Temple, rongée d’inquiétude et d’indécision en permanence et que l’absence de sa soeur à l’arrivée va obliger à « grandir ».

La force de Marie Chartres est de ne pas aborder ses personnages de façon manichéenne : les jeunes Amish sont certes attachés à leurs valeurs et à leur mode de vie mais ces valeurs aident à porter un autre regard sur la vie trépidante de Chicago et ses habitants. L’autrice leur fait vivre des expériences pleines de bienveillance – certains diront que ce n’est pas vraisemblable – et passer de la sécurité à l’aventure sans filet ou presque. Le tout avec une très belle plume, ce qui ne gâte rien. N’hésitez donc pas à découvrir tous ces possibles à Chicago !

« Je ne sais pas non plus comment se porte un sac à main. J’ignore cela. Je les regarde lorsque je me promène en ville : je vois toutes les filles de mon âge avec leur sac coincé dans le creux du coude, comme si c’était un prolongement naturel de leur corps ou de leur personnalité, elles sont légères et aériennes. Il y a quelques années, je me suis entraînée avec un sac de courses, j’ai fait des allers et retours studieux entre ma chambre et la cuisine pour voir ce que ça faisait. Je n’y suis pas arrivée, je me suis sentie ridicule. Maman m’a ensuite appelée pour que je descende au poulailler. En ces lieux, je suis la reine. Je porte le panier à œufs à merveille. Je n’en ai jamais fait tomber un seul. Chaque matin, c’est une gloire silencieuse. C’est la mienne. Ma petite gloire silencieuse. »

« Rachel est comme cela, elle aime quand l’intime surgit accidentellement, tel un animal sauvage au détour d’un virage. Elle aime, malgré tout, les joyeux petits accidents dans les phrases et les yeux des gens. »

« La vie des amish, c’est une bobine de fil qui se déroule tranquillement du début jusqu’à la fin, c’est plat, il n’y a aucun nœud, aucun accroc, aucun incident. Ce que nous faisons, la manière dont nous agissons, c’est l’ouvrage de Dieu, c’est ce qu’Il veut de nous. Une ligne droite. Et toi, tu es… tu es un joli nœud. »

« J’ai fermé les yeux pour me concentrer, pour visualiser le fil sur lequel je me tenais en équilibre. Le moindre coup de vent et je tomberais. Rachel savait que j’étais près du bord. Ou alors c’était le contraire. Peut-être que c’est elle qui tombait progressivement et moi, j’étais là à regarder, sans bouger, sans broncher. J’étais perdu. Dans un monde à l’envers, comment peut-on savoir si l’on tombe ou si l’on reste debout? »

Marie CHARTRES, L’âge des possibles, L’école des loisirs, 2020