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Quatrième de couverture :

«  Entre sa correspondance éprise d’une liberté exubérante et contradictoire, et ses romans et contes ciselant ses regrets d’autres siècles, l’ennui et la sottise de l’esprit bourgeois, Flaubert, ermite et mondain, apparaît comme l’un des colosses de son temps. Il n’aime pas le port mais la haute mer. Ses hautes vagues, ses creux et ses houles. L’acteur-auteur y nage et s’y noie, par les champs et par les grèves bretonnes, dans les boues et les gouffres des chantiers d’Haussmann, dans les bordels du  Caire et les jupons des courtisanes de la rue Saint-Honoré, dans les silences orageux partagés avec sa mère, son jardinier ou son chien, dans le secret de ses amours londoniens avec miss Herbert, ou celui, très officiel et ô combien tempétueux, avec Louise Collet… Mystique et queutard, gourmand et ascétique, il cerne le sujet invisible, le rien, cet autre univers qui, comme la terre, se tient en l’air sans être soutenu, le silence de la littérature.
J’enquête, mes mots ricochent sur les siens, l’onde s’écarte en cercles de plus en plus grands, puis disparaît à l’horizon, lui qui recule à mesure que l’on s’avance.  »

Ce titre (splendide) est une référence à Flaubert lui-même qui écrivait à sa maîtresse Louise Colet « Vivre en bourgeois permet de penser en demi-dieu ».

Jacques Weber a lu la correspondance de Flaubert dans un spectacle de 2015 au Théâtre de l’Atelier. Il a ensuite écrit ce livre où la vie de Flaubert et la sienne s’entremêlent et se correspondent : sensibles, truculents, gourmands et gourmets, amoureux du verbe, Flaubert et Weber le sont tous les deux. Critiques de leur société et un brin rebelles, sans doute aussi.

L’acteur nous raconte donc Flaubert, ses liens à sa mère, son père, sa nièce chérie, à ses amis (avec une séquence très touchante Noël en Berry chez George Sand), ses maîtresses, ses romans, ses batailles, ses obsessions. Il faut parfois plusieurs lignes pour comprendre qu’on est passé de l’acteur écrivain à l’écrivain du 19è siècle, tant les deux destins se confondent.

Ce n’est sûrement pas la manière la plus académique de découvrir la vie de Flaubert mais après tout, sa vie n’est pas toute dans le conformisme bourgeois à la fois confortable et détesté. C’est parfois grandiloquent, « surjoué » comme Jacques Weber aime à se montrer en dehors de la scène mais l’ensemble reste agréable à lire car c’est bien écrit et il nous rend Flaubert extrêmement vivant.

« J’aimais me balader en fin de terre : le Finistère, les falaises y étaient raides, hautes et fières, leurs torrents de verdure chutaient sur leur socle de granit noir et rose où les rochers ont toujours l’air en colère. La brume est fréquente, et le crachin breton fameux. Souvent le chagrin vous prend comme si le grand large fermait le monde à double tour, comme si un visage triste vous regardait. »

Jacques WEBER, Vivre en bourgeois, penser en demi-dieu, Fayard, 2018